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Écoles fermées: quand les parents doivent faire la classe

Une écolière allemande chez elle à Berlin le 17 mars 2020 (photo d'illustration)

Une écolière allemande chez elle à Berlin le 17 mars 2020 (photo d'illustration) - John Macdougall-AFP

Alors que les écoles sont fermées et que les élèves sont confinés, le travail scolaire ne s'arrête pas pour autant. Pour certains parents, cela signifie même qu'il va falloir faire classe.

Alors que toutes les écoles, collèges et lycées de France sont fermés depuis lundi et que l'ensemble des 12 millions d'élèves se retrouvent confinés à la maison, il n'est pas pour autant question de mettre le travail scolaire sur pause.

Afin d'assurer la continuité pédagogique, le ministère de l'Éducation nationale a prévu des dispositifs d'enseignement à distance. Leçons, exercices, devoirs, il va falloir travailler. Et pour les parents, cela signifie parfois s'improviser enseignants.

"Pas des vacances"

Nicolas*, un père de deux enfants de 5 et 8 ans qui résident à Neuville-au-Bois, dans la Somme, n'a pas encore pu se connecter à l'espace numérique de travail (ENT), où sont déposés les leçons et les exercices, pour cause de saturation. Mais les enseignants de sa fille et de son fils scolarisés respectivement en CE2 et grande section de maternelle leur ont, par précaution, transmis deux semaines de devoirs vendredi à la sortie de l'école. Il a ainsi prévu de les faire travailler tous les jours deux heures le matin et autant l'après-midi.

"Faire classe ne me dérange pas mais il va falloir que je commande des cartouches pour l'imprimante car quand je pourrai avoir accès à l'ENT, je sais qu'il y aura beaucoup de documents à imprimer", assure Nicolas, chauffeur de bus scolaire, à BFMTV.com. 

Tout comme Nicolas*, Jane Kochanski, traductrice, n'a pas eu de mal à mettre ses enfants au travail. Pour ses deux jumeaux de 5e et sa fille en CM2, l'agenda de la semaine est déjà bien rempli. "Nous avons les cours, des exercices, des devoirs à rendre, ce ne sont pas des vacances", assure cette Parisienne à BFMTV.com qui a pu avoir accès aux plateformes du collège et de l'école. 

"Ils ont accepté leurs devoirs, ils savent que demain il y en aura encore à rendre, donc ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas cumuler de retard."

"Mon fils a décidé de ne rien faire"

C'est plus compliqué pour Magalie*, qui s'occupe des transports scolaires de son département. Pour cette Nantaise, si ses deux aînés de 18 et 16 sont autonomes du point de vue scolaire, ce n'est pas le cas pour ses deux cadets de 14 et 7 ans.

"Mon fils, en 5e, a décidé de ne rien faire, raconte-t-elle à BFMTV.com. Ma fille de 7 ans, qui est au CP, ne comprend pas pourquoi elle doit rester à la maison. Elle ne comprend pas non plus pourquoi c'est moi qui dois lui faire classe. Ce sont des pleurs à chaque séance de travail."

Cette mère de famille nombreuse se dit inquiète. "Je ne suis pas enseignante, je ne peux pas improviser, c'est un métier." Et se demande dans quelle mesure elle sera capable de repérer les lacunes de ses enfants. "C'est tout de même de leur avenir qu'il s'agit."

Situation tout aussi conflictuelle chez Claire*, une employée de banque de Villiers-sur-Marne, dans le Val-de-Marne. Son adolescente de 12 ans, en 5e, refuse de travailler. "Pour elle, c'est les vacances", regrette-t-elle pour BFMTV.com.

"On va devoir vivre confiné au moins quinze jours. Je n'ai pas envie qu'il y ait des tensions supplémentaires. Avec une ado dans l'opposition, c'est compliqué. J'en ai parlé aux enseignants de ma fille, ils doivent la contacter. De toute façon elle aura une classe virtuelle la semaine prochaine en SVT, elle sait que c'est obligatoire."

"On a fait les emplois du temps pour chaque enfant"

Encadrer le travail des enfants, compliqué lorsque les deux parents doivent travailler à domicile. C'est le cas de Sophie*, chargée de projet dans un cabinet d'avocats, qui télétravaille depuis le début de la semaine tout comme son mari ingénieur dans l'informatique. Leurs enfants de 14, 12 et 9 ans doivent donc se débrouiller seuls la plupart du temps pour leurs leçons et devoirs. 

"On a fait les emplois du temps pour chaque enfant, explique-t-elle à BFMTV.com. Ils ont des créneaux pour chaque activité dont trois heures de devoirs quotidiens, ce qui est bien le minimum compte tenu de la masse de travail demandé. Ils sont bien occupés."

Si ses deux aînés travaillent sans souci en autonomie, c'est plus compliqué pour le plus jeune, en classe de CM1. "Ce soir, on fera une dictée qu'il est censé avoir préparée dans la journée et on va tout reprendre ce week-end pour être certain que les notions ont été bien assimilées."

Chez Megane*, une assistante maternelle qui réside à Saint-Symphorien-d'Ozon, dans le Rhône, des cahiers d'activité ont été achetés afin de compléter le travail proposé par les enseignants de ses deux enfants âgés de 4 et 7 ans. "C'est un peu moins scolaire mais ce ne sont pas que des jeux", détaille-t-elle à BFMTV.com. Car pour sa fille qui est en classe de CE1, le travail envoyé par mail par la maîtresse a été bouclé en vingt minutes. "Il y avait une leçon et une fiche d'exercices, on va étoffer un peu." 

Une partie de Uno pour la récré

Laura*, conseillère financière et mère d'un petit garçon de 7 ans en CP, a elle aussi mis en place un rythme similaire à celui de l'école. Lever à la même heure que d'habitude et début des cours à 8h45. Et en guise de récréation en milieu de matinée: une partie de Uno.

"On a travaillé jusqu'à l'heure du repas, confie à BFMTV.com cette habitante de Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. L'après-midi est plutôt réservé aux jeux ou à la lecture. Ce qui n'empêche pas quelques piqûres de rappel, sans qu'il ne s'en rende compte, comme compter, épeler un mot."

Si elle a téléchargé une application afin que son fils puisse découvrir l'anglais - "cela va permettre de le stimuler" - elle se limitera au travail fourni par l'enseignante. "Je n'ai pas besoin de l'accabler de devoirs, le programme de la maîtresse est complet, il n'y a pas besoin de plus."

Chez Aurélie*, technicienne documentaire qui habite à Vannes, dans le Morbihan, tout le monde est debout à 8h pour commencer les cours à 9h. "Je veux qu'ils gardent le rythme de l'école." Ses trois garçons scolarisés de la 6e à la 4e sont bien occupés par le travail envoyé par leurs enseignants. Mais pour cette jeune femme qui réside à côté de Vannes, ce n'est pas toujours évident de les aider. 

"En français ou en histoire-géographie je peux suivre, mais dans d'autres matières ce n'est pas évident, explique-t-elle à BFMTV.com. En mathématiques ou en physique, je ne vais pas être capable de tout expliquer. Les équations à deux inconnues, ça commence à se compliquer."

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Céline Hussonnois-Alaya