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Contrôle continu, oral de français: comment seront notés les candidats au bac?

Une épreuve du baccalauréat dans un lycée de Strasbourg, en juin 2019 (photo d'illustration)

Une épreuve du baccalauréat dans un lycée de Strasbourg, en juin 2019 (photo d'illustration) - Frédérick Florin-AFP

Si les élèves de terminale ne plancheront pas sur les épreuves du bac cette année, ils pourront tout de même décrocher le précieux sésame, nécessaire pour entamer des études supérieures. Comment sera calculée la note du contrôle continu? Et pour les élèves de première, le bac de français aura-t-il lieu? Éléments de réponse.

Alors que les lycées n'ont pas encore rouvert en raison de la pandémie de coronavirus et que les épreuves finales du bac ont été annulées au profit du contrôle continu, de nombreuses questions demeurent. Comment seront calculées les notes du contrôle continu? Les travaux des quelque 2,1 millions d'élèves de terminale réalisés à distance depuis la mi-mars compteront-ils dans le livret scolaire? Et pour ceux de première, l'oral de français sera-t-il maintenu?

  • Le calcul des notes du contrôle continu

Actuellement, les notes des deux premiers trimestres sont arrêtées, selon des informations de BFMTV. Et doivent être remontées d'ici au 15 juin. Il n'y aura pas de troisième trimestre. Les travaux réalisés depuis la mi-mars sont donc exclus de la moyenne. "Les évaluations passées pendant la période de confinement, si elles permettent à l’élève de se positionner par rapport à ses apprentissages, ne seront en revanche pas prises en compte dans la moyenne inscrite dans le livret", précisé le ministère de l'Éducation nationale.

Quand aux coefficients des différentes épreuves, ils resteront les mêmes dans chaque filière et série - notamment 7 en philosophie pour les littéraires, tout autant en mathématiques pour les scientifiques. Le ministère indique également que "tous les enseignements qui auraient dû donner lieu à une épreuve (écrite, orale ou pratique) en 2020 sont évalués sur le fondement du contrôle continu (notes de livret scolaire)".

Pas satisfaisant, selon Claire Guéville, responsable du secteur lycée au Snes-FSU, le premier syndicat des enseignants. Elle estime pour BFMTV.com que le contrôle continu "introduit beaucoup trop de biais pour un diplôme national".

"Globalement, les notes trimestrielles sont plus pénalisantes pour les élèves. D'abord, elles sont le reflet de la progression des élèves. Ensuite, elles ne sont pas pensées pour du contrôle continu. Cela prouve que sans épreuve finale, le bac, ce n'est pas grand chose."
  • L'arrondi au point supérieur

Bonne nouvelle pour les lycéens: toutes les notes seront arrondies au point supérieur, "chaque note devant être exprimée en points entiers", selon le projet de décret présenté au conseil supérieur de l'éducation (le décret officiel doit être publié en fin de semaine au Journal officiel, assure le ministère à BFMTV.com). Un élève ayant 9,1 se retrouverait donc avec 10/20. Ce qui se justifie notamment du fait que les élèves, plus concentrés et ayant acquis les méthodes, surperforment lors des épreuves du bac.

Pour Philippe Vincent, secrétaire général du syndicat des chefs d’établissement SNPDEN-Unsa et proviseur d’un lycée à Aix-en-Provence, cela va "nettement" avantager les élèves. "L'arrondi va augmenter toutes les moyennes et créer un gros écart à l'arrivée", pointe-t-il pour BFMTV.com.

"Mais c'est aussi une forme de traduction de la bienveillance nécessaire dans un contexte chahuté et cela va éviter des arbitrages locaux d'un jury à l'autre. Cela va aussi simplifier le travail des commissions et donner de la transparence aux élèves."
  • Une "valorisation" des engagements

Mais il n'y aura pas que les notes qui seront prises en compte. Comme l'a indiqué le ministère de l'Éducation nationale, le jury d’examen "étudiera l'ensemble des éléments figurant au livret pour garantir l’équité entre les candidats, vérifier leur assiduité jusqu’à la fin de l’année scolaire et, le cas échéant, valoriser leur engagement et leurs progrès". Des jurys académiques, composés de plusieurs centaines de professeurs, vont être formés et des sous-jurys, par bassin, vont se pencher sur les livrets et les bulletins - rendus anonymes - des candidats. Un jury de l'Essonne pourra ainsi évaluer de candidats des Yvelines.

"D'habitude, le livret scolaire ne servait que lors des arbitrages, assure Philippe Vincent. Cette année, son poids sera bien plus important et l'on s'attachera tout autant aux notes qu'aux appréciations."

Ce qui signifie qu'un élève qui se serait particulièrement investi durant le confinement et l'enseignement à distance pourrait voir sa note augmenter. "Le conseil de classe du vrai-faux troisième trimestre se réunira, même sans notes", explique Philippe Vincent. Des appréciations seront formulées sur toute l'année scolaire, "aussi bien pour le présentiel que le distanciel", ajoute-t-il.

Claire Guéville, du syndicat d'enseignants Snes-FSU, imagine même qu'un élève pourrait ainsi passer au rattrapage eu égard à cet engagement, voire décrocher le bac.

"On comprend bien que l'objectif soit de ne pas pénaliser les élèves par rapport à cette situation inédite, poursuit-elle. Mais cela signifie que les élèves qui ont pu travailler dans de bonnes conditions durant le troisième trimestre seront valorisés, contrairement à ceux qui, pour des raisons sociales, familiales ou d'accès aux outils numériques, n'ont pas pu autant s'investir. Eux ne pourront pas bénéficier de cette valorisation. Cela crée forcément une inégalité de traitement."
  • Les notes harmonisées

Les jurys prendront également en compte les "informations statistiques" sur les trois dernières années, comme les taux de réussite et les mentions obtenus dans chaque établissement. L'idée n'est pas de donner le bac ni de le dévaluer mais de ne pas pénaliser des candidats par rapport aux autres générations.

"Ce n'est pas une mécanique inventée, c'est déjà quelque chose qui était pratiqué par le passé, notamment pour les TPE (travaux personnels encadrés, supprimés en 2015, NDLR), se souvient le proviseur Philippe Vincent. On comparait les moyennes des établissements et on pouvait procéder à des corrections s'il y avait des écarts importants."

Une bonne chose pour Nicolas Anoto, délégué national au SE-Unsa, un autre syndicat d'enseignants. D'autant que cela se justifierait pour que le bac garde son caractère national, explique-t-il à BFMTV.com. "On sait bien que certains enseignants, selon les établissements, ne notent pas de la même manière. Dans les quartiers les plus populaires, la notation est plus large afin de motiver les élèves. C'est souvent l'inverse dans les établissements les plus élitistes." Ce n'est pas le point de vue de Claire Guéville, du Snes-FSU. "On va attribuer le bac sur la base de la réputation d'un établissement."

  • L'oral de français en suspens?

Le ministre de l'Éducation nationale l'a rappelé fin avril: le bac de français est maintenu. Selon Jean-Michel Blanquer, ces oraux pourraient se tenir la dernière semaine de juin et seraient tout à fait compatibles avec le respect des gestes barrières. Si les épreuves finales du baccalauréat ont été annulées au profit du contrôle continu, le ministre ne s'y montrait pas favorable pour l'oral de français.

"On veut avoir un point de repère pour les élèves. On veut qu'ils s'entraînent actuellement à travailler sur ces textes", expliquait le locataire de la rue de Grenelle.

Mais il évoquait également l'hypothèse de "transformer" cette épreuve orale en contrôle continu. "Si en juin nous jugions que les conditions sanitaires ne le permettent pas, alors on transformerait ça en contrôle continu en utilisant la note de français d'écrit mais il est préférable, quand on le peut, de maintenir un examen terminal."

Plusieurs questions se posent, alors que les lycées n'ont pas encore rouvert et qu'ils devraient rester fermés au moins jusqu'au début du mois de juin. "Croire que l'on va motiver les élèves en les menaçant d'une épreuve et imaginer que cela va les responsabiliser, c'est une vision datée des politiques éducatives", regrette Nicolas Anoto, du SE-Unsa. 

Si les établissements ne rouvraient que dans les départements "verts", les lycéens pourraient-ils passer l'épreuve, contrairement à ceux des départements "rouges"? Une situation "ubuesque", dénonce Claire Guéville, la représentante du Snes-FSU.

"Si les lycées rouvrent, ce sera comme pour les collèges, cela ne concernera que très peu d'élèves et sur un calendrier très court alors que les conseils de classe du troisième trimestre ont lieu au début du mois de juin. On se demande pourquoi le ministre s'entête à vouloir organiser des oraux alors qu'en plus, les programmes et les épreuves ont changé, les élèves ne sont pas préparés correctement."

Le ministre devrait clarifier sa position d'ici la fin du mois de mai. Trop tard, déplore Claire Guéville. "Cette incertitude ajoute de la tension aux élèves et aux enseignants à un moment où personne n'en a besoin."

Céline Hussonnois-Alaya et Véronique Fèvre