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Des gilets jaunes lancent un collectif de manifestants blessés

Jérôme Rodriguez, figure du mouvement des gilets jaunes à Paris, le 20 avril 2019.

Jérôme Rodriguez, figure du mouvement des gilets jaunes à Paris, le 20 avril 2019. - Zakaria ABDELKAFI / AFP

En présence de Jérôme Rodrigues, des personnes blessées lors de manifestations encadrées par les forces de l'ordre se sont réunies à Gennevilliers pour constituer un collectif intitulé "mutilés pour l'exemple".

Des manifestants gravement blessés par les forces de l'ordre, dont la plupart lors du mouvement des gilets jaunes, ont annoncé dimanche à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) se constituer en collectif et appellent à une grande manifestation nationale à Paris le 26 mai.

Les mutilés pour l'exemple

"On a décidé de constituer un collectif, les mutilés pour l'exemple, en référence aux fusillés pour l'exemple", a déclaré lors d'une conférence de presse Robin Pagès, handicapé depuis sa grave blessure au pied en 2017 à Bure (Meuse), où est prévu un site d'enfouissement de déchets nucléaires.

Dix-neuf personnes, toutes blessées par des tirs de lanceur de balles de défense (LBD) ou de grenades, ont présenté ce collectif qui vise à combattre "l'ultra-violence de la répression" et souhaite faire interdire "l'utilisation de ces armes de guerre".

Jérôme Rodrigues présent

"Vous avez 19 personnes devant vous et vous n'avez que 26 yeux qui vous regardent. Faites le compte, il y a un petit problème", a asséné Jérôme Rodrigues, gilet jaune éborgné lors d'une manifestation fin janvier à Paris. Chacune des personnes présentes a raconté cette "vie qui a basculé" ou l'impossibilité "de pouvoir se regarder dans une glace".

"La nuit, c'est des insomnies, des cauchemars. C'est l'horreur au quotidien pour essayer de se démerder comme on peut avec une main. Pour l'instant, c'est l'enfer total", a témoigné Sébastien Maillet, qui a eu la main arrachée le 9 février à Paris, lors du 13ème samedi de manifestation des gilets jaunes.

"La monophtalmie complique toute votre vie. Les choses vous demandent beaucoup de temps et il y a un impact psychologique sur votre entourage et vos proches", a expliqué Patrice Philippe, ex-chauffeur routier de 50 ans blessé à l'oeil par un tir de LBD le 8 décembre 2018.

"De nombreuses personnes ici présentes ont des plaques en titane et des vis dans le visage", a ajouté Robin Pagès. 

22 gilets jaunes avec un oeil en moins 

D'après le collectif, depuis le début du mouvement des gilets jaunes, 22 personnes ont perdu un oeil et cinq ont été amputées d'une main, "sans compter les autres mutilations" (perte d'odorat, testicule amputé).

"On réclame la vérité, la justice et l'interdiction des armes dites sublétales", a souligné Robin Pagès. Selon lui, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner "ment" quand il parle de "seulement dix personnes touchées à la tête par des tirs de LBD". 

Plusieurs associations militent pour l'interdiction de cette arme lors des manifestations. Début mars, l'Intérieur comptabilisait 13.095 tirs de LBD depuis le premier acte de ce mouvement inédit et 83 enquêtes pour des tirs potentiellement problématiques.