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Délit d'entrave numérique: une élue LR proche d'Alain Juppé piège un site anti-IVG

Aurore Bergé, élue LR de Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines, qui a piégé un site anti-IVG

Aurore Bergé, élue LR de Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines, qui a piégé un site anti-IVG - Martin Bureau-AFP

Aurore Bergé, une élue LR des Yvelines, a piégé le site IVG.net qui, sous couvert de donner des informations sur l'avortement, désinforme et dissuade les femmes -qui le souhaitent pourtant- d'interrompre leur grossesse.

La proposition de loi sur le délit d'entrave numérique à l'IVG est examinée ce jeudi à l'Assemblée nationale. Le texte ne fait pas l'unanimité: le groupe Les Républicains a annoncé qu'il voterait contre. Et au sein même de l'opposition, la proposition suscite la division.

Aurore Bergé, élue LR de Magny-les-Hameaux, dans les Yvelines, et soutien du candidat malheureux à la primaire Alain Juppé, est une ardente défenseur de ce texte. La conseillère municipale s'est livrée à une expérience pour dénoncer les opposants au délit d'entrave numérique à l'IVG, qui invoquent la liberté d'expression. 

"J'ai dû dire dix fois que ma décision était prise"

Aurore Bergé s'est fait passer pour une jeune femme enceinte qui ne souhaite pas poursuivre sa grossesse. Elle a expliqué à Rue 89 avoir appelé le numéro vert proposé par le site IVG.net, arrivé en toute première réponse après avoir tapé "IVG" dans le moteur de recherche de son navigateur internet. Elle a raconté ces "dix-huit minutes" de conversation.

"Je me présente en disant que je souhaite avoir des informations car, enceinte, je ne veux pas garder l'enfant. Et là j'ai droit à tout: "Vous savez que toutes les femmes ne peuvent pas avoir recours à l'IVG. Les couples ne se remettent pas d'une IVG. L'IVG augmente considérablement les risques d'infertilité. La plupart des femmes qui ont recours à la PMA ont d'abord eu une IVG. Avez-vous pensé aux conséquences psychologiques et biologiques de l'IVG?" J'ai dû dire dix fois dans la conversation que ma décision était prise, que je ne souhaitais pas cet enfant et que j'avais besoin d'information pour avoir accès à un centre d'IVG."

"Elle ne m'a jamais donné d'informations"

Aurore Bergé fait la différence entre être opposé à l'IVG, qui "est une opinion", et "entraver volontairement le droit à l'information des femmes", qui est selon elle "une atteinte à leurs droits". "C'est un poison et un scandale", s'indigne-t-elle.

"Elle ne m'a jamais donné d'informations. Les femmes qui appellent un numéro vert pour avorter sont souvent celles qui ne peuvent pas en parler à leur famille ou à leurs proches. Vous imaginez? Vous êtes désorientée et on vous dit tout cela?" 

La jeune femme a fait part, à plusieurs reprises, de son point de vue sur son compte Twitter, dénonçant une manipulation qui vise à "culpabiliser et dissuader" les femmes d'avorter.

Deux ans de prison et 30.000 euros d'amende

Dans un contexte de pré-campagne électorale pour 2017 et sur un sujet où Alain Juppé a attaqué François Fillon durant la primaire de la droite, le texte fait l'objet de 76 amendements, essentiellement de la part du groupe LR et de l'extrême droite, au nom de la "liberté d'expression".

Le texte du groupe socialiste prévoit d'étendre au numérique le délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse, créé en 1993 et sanctionné par une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende.

Céline Hussonnois-Alaya