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Critique - Le Pouvoir de Rotman, une fiction du réel

Une fiction du réel qui sort le 15 mai

Une fiction du réel qui sort le 15 mai - -

Patrick Rotman, réalisateur du Pouvoir, était ce vendredi matin l’invité de RMC et BFMTV. Le cinéaste retrace la première année de François Hollande à l’Élysée dans un film hybride entre fiction et documentaire, à découvrir le 15 mai au cinéma.

Patrick Rotman, écrivain, scénariste et documentariste, était l'invité de RMC et BFMTV ce vendredi matin. Le cinéaste a réalisé un film étonnant, Le Pouvoir, en salle le 15 mai, conçu avec le journaliste Pierre Favier, qui consiste à filmer le métier de président de la République, dans ce qu’il a de plus banal et quotidien. Et dans les murs d’un palais immuable, celui de l’Elysée. Ce lieu presque désuet, hors du temps, semble dépasser ceux qui l’occupent.
Nous plongeons au cœur de ce pouvoir que découvre le tout nouveau président François Hollande, qui est le principal interprète de son propre rôle. Cela donne au final un portrait qui ne relève pas de la fiction, mais transcende le réel. Le chef de l’Etat a accepté de prendre ce risque, alors qu’il était encore candidat.

A l'écran, François Hollande n'a rien d'un « pépère »

C’est du cinéma pur, avec des personnalités qui parfois semblent presque jouer leur propre rôle devant la caméra. La musique signée Michel Portal, un tantinet ironique, souligne le caractère hors du temps de la vie à l’Elysée.
Scène mythique : François Hollande se fait photographier, mitrailler par Raymond Depardon dans les jardins de l’Elysée, pour la photo officielle. Vous voyez l’envers du décor, le caractère presque ridicule de cette séquence, où l’on voit un coiffeur peigner en permanence une mèche rebelle au sommet du crâne présidentiel, sous le regard réprobateur de Valérie Trierweiler, la compagne du président. Réplique de l’histoire, c’est le même Raymond Depardon qui, il y a 40 ans, a tourné 1974, Une Partie de Campagne, avec Valéry Giscard d’Estaing. Le plus surprenant est que le François Hollande à l’écran n’a rien du « pépère » que brocardent certains journaux. Dans une séquence de correction d’un discours, le président agacé recadre des collaborateurs qu’il traite comme des enfants. Cette intimité dévoilée relève d’un striptease du pouvoir, jamais nous ne l’avons autant approché, au risque d’une désacralisation de la fonction présidentielle. Le tournage a duré 8 mois. Patrick Rotman a pu tout filmer, il n’y a pas eu de censure.

Glamour et détestable

Et puis il y a le commentaire off signé… François Hollande. Le président monte dans sa voiture et évoque ce que le pouvoir a changé en lui, il est son propre contemplateur.
Rotman filme également la comédie du pouvoir, ce dîner en l’honneur du président Giorgio Napolitano, avec des célébrités du cinéma mêlées aux politiques invités à table : l’image a quelque chose de glamour et de détestable. Au final, ce film rehausse-t-il l’image du président ? Lui-même paraît parfois s’amuser de la présence de cette caméra inquisitrice… Patrick Rotman a également signé le scénario de la Conquête, de Xavier Durringer, sur l’ascension du pouvoir de Nicolas Sarkozy, incarné par Denys Podalydès. La fiction du réel, ce nouveau genre à succès, s’attaque aux évènements en cours, avec une part d’interprétation libre, qui parfois fait débat. La fiction ne vient-elle pas brouiller le réel ? Il faut rappeler que ce genre est en fait une conséquence de ce que l’on a appelé la pipolisation de la vie politique. François Hollande, son second rôle Pierre-René Lemas, le secrétaire général de l’Elysée, semblent se livrer à une sorte de mise en abîme qui a quelque chose de dérangeant. Le pouvoir est-il une interprétation, une fiction ? La question reste ouverte. Ce film est juste un petit chef d’œuvre.

Jean-François Achilli