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Crimes sexuels sur mineurs: le Sénat débat ce jeudi d'un texte enrichi de mesures contre l'inceste

Une vue du dôme du Palais du Luxembourg où siège le Sénat, le 1er octobre 2020, à Paris.

Une vue du dôme du Palais du Luxembourg où siège le Sénat, le 1er octobre 2020, à Paris. - THOMAS COEX / AFP

Un amendement vise à renforcer la sanction encourue pour les atteintes sexuelles incestueuses sur mineur, qui seraient punies de "10 ans et 150.000 euros d'amende".

Conséquence de l'affaire Duhamel, le Sénat s'apprête à adopter jeudi une proposition de loi visant à créer un nouveau crime sexuel pour protéger les mineurs de moins de 13 ans, enrichie en dernière minute par des mesures spécifiques à la lutte contre l'inceste.

Poser "un interdit sociétal clair"

Deux ans et demi après l'entrée en vigueur de la loi Schiappa contre les violences sexuelles et sexistes, le texte examiné en première lecture est porté par la présidente centriste de la délégation aux Droits des femmes Annick Billon.

Pour la sénatrice centriste, il s'agit de poser "un interdit sociétal clair". La nouvelle infraction de crime sexuel sur mineur serait constituée en cas de pénétration sexuelle, de quelque nature qu'elle soit, commise par un majeur sur un mineur de moins de 13 ans, dès lors que l'auteur des faits connaissait ou ne pouvait ignorer l'âge de la victime.

Mais l'importance prise ces derniers jours dans le débat public par la question de l'inceste, mise en lumière par l'affaire Duhamel, accusée par sa belle-fille Camille Kouchner d'avoir violé son frère jumeau quand ils étaient adolescents dans les années 80, a fait prendre une nouvelle tournure au texte.

10 ans de prison et 150.000 euros d'amende

La commission des Lois s'est prononcée mercredi en faveur d'un amendement de la sénatrice PS Marie-Pierre de La Gontrie visant à renforcer la sanction encourue pour les atteintes sexuelles incestueuses sur mineur, qui seraient punies de "10 ans et 150.000 euros d'amende".

Pour lutter contre "l'omerta" qui entoure le plus souvent ces affaires de famille, les sénateurs ont également adopté en commission un amendement de la rapporteure Marie Mercier (LR) qui allonge le délai de prescription du délit de non dénonciation de mauvais traitements, agressions ou atteintes sexuelles infligés à un mineur.

De six ans aujourd'hui, ce délai serait porté à dix ans, à compter de la majorité de la victime, en cas de délit et à 20 ans en cas de crime.

Un coup d'avance sur la majorité

Le Sénat, dominé par l'opposition de droite, pourrait avec ces dispositions, prendre un coup d'avance sur la majorité présidentielle qui réfléchit à un durcissement de la loi contre l'inceste. Christophe Castaner, président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, a estimé mardi qu'il faudra "si nécessaire donner la qualification pénale à ce crime".

Dimanche, c'est la première dame, Brigitte Macron qui avait appelé de ses "voeux" une réforme judiciaire pour lutter contre l'inceste. Le ministre de la Santé Olivier Véran a dit mardi sur France Inter être "tout à fait sur la position de Brigitte Macron".

Le livre de Camille Kouchner a lancé un débat sur l'inceste, sujet profondément tabou et encore minimisé alors qu'il serait massif en France avec près d'une personne sur dix potentiellement touchée. Le hashtag #Metooinceste suscite depuis samedi "des centaines" de témoignages sur Twitter.

De source gouvernementale, Emmanuel Macron a dit mercredi au Conseil des ministres que la libération de la parole est extrêmement importante. Et le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti pourrait faire des annonces au Sénat notamment dans cette direction.

Débat autour de la prescription

Le texte examiné par la chambre haute renforce en outre la protection des jeunes de 13 à 15 ans, alors que le seuil d'âge à 13 ans est jugé insuffisant par les associations de protection de l'enfance qui poussent à ce que cette limite soit fixée à 15 ans.

La question de la prescription est un autre point délicat. Le texte aligne le délai de prescription des crimes sexuels sur mineurs de 13 ans sur celui du viol, soit 30 ans à compter de la majorité de la victime.

Annick Billon proposera dans l'hémicycle de l'allonger à 40 ans "pour ouvrir le débat", mais la commission a émis un avis défavorable à cet allongement. Elle a en revanche soutenu des amendements de la sénatrice écologiste Esther Benbassa et de Marie-Pierre de La Gontrie pour que le nouveau crime sexuel sur mineurs vise l'ensemble des actes bucco-génitaux.

Par E.P avec AFP