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Affaire Duhamel: comment le parquet enquête sur les accusations à l'encontre du politologue?

Olivier Duhamel, le 19 mai 2016 à Paris

Olivier Duhamel, le 19 mai 2016 à Paris - STEPHANE DE SAKUTIN © 2019 AFP

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire le 5 janvier après les premières révélations de Camille Kouchner qui accuse son beau-père d'avoir abusé de son frère jumeau.

La Familia grande a brisé le tabou de l'inceste dans la société et aider à la libération de la parole des victimes. Avant même la publication du livre de Camille Kouchner, dans lequel elle accuse son beau-père Olivier Duhamel d'avoir abusé sexuellement de son frère jumeau Victor* lorsqu'il était adolescent, c'est la justice qui s'est emparé de l'affaire.

Le 5 janvier, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "viols", "agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans et viols" et "agressions sexuelles par personne ayant autorité." Une procédure lancée au lendemain de la publication des "bonnes feuilles" du livre de Camille Kouchner dans Le Monde, comme cela avait déjà été le cas après la publication du Consentement de Vanessa Springora qui mettait en cause l'écrivain Gabriel Matzneff.

L'affaire n'est pourtant pas nouvelle au parquet de Paris. Il a fallu rechercher dans les archives car en 2011 une enquête préliminaire portant sur des accusations d'inceste à l'encontre du politologue avait déjà été ouverte. Les magistrats parisiens avaient été alertés par leurs collègues de Toulon. A l'époque, le parquet varois enquête sur la mort de Marie-France Pisier, la tante de Camille et Victor Kouchner.

Une première enquête en 2011

Accident? Meurtre? Suicide? La justice s'intéresse à ce décès. Marie-France Pisier a été retrouvée morte au fond de la piscine de sa résidence de Saint-Cyr-sur-Mer, une chaise en fer forgé sur elle. C'est son mari qui a fait la macabre découverte, le couple est alors seul dans la propriété. Des traces d'alcool sont retrouvées dans le sang de la victime. L'enquête est refermée au bout de 5 mois concluant sur un probable suicide, causée en partie par un lourd secret familial: les accusations d'abus sexuels de son neveu à l'encontre d'Olivier Duhamel.

Le parquet de Paris est à l'époque averti de cette affaire incidente. Des investigations sont menées. Victor Kouchner est alors entendu par la brigade de protection des mineurs, comme l'a révélé sa soeur jumelle. Les enquêteurs ne convoquent pas Olivier Duhamel, n'organisent pas non plus de confrontation. Les faits sont en effet considérés comme prescrits: Victor Kouchner a eu 18 ans en 1993. A l'époque, la loi sur le délai de prescription est de 10 ans. Les faits étant donc prescrits depuis 2003, l'enquête a été cloturée.

"Elle a été classée sans suite quelques jours après mon arrivée, et sans, à l'époque, que cette affaire ne me soit signalée", fait aujourd'hui valoir au Point l'ancien procureur de Paris François Molins. 

De nouvelles auditions menées

Cette nouvelle enquête ouverte par le parquet de Paris, et dont les investigations ont été confiées à nouveau à la brigade de protection des mineurs, doit s'attacher là encore "à vérifier l'éventuelle prescription de l'action publique". Le travail des enquêteurs doit également faire la lumière sur les faits dénoncés par Camille Kouchner mais aussi identifier d'éventuelles autres victimes, un élément important dans les enquêtes sur des faits d'inceste.

Les enquêteurs se sont déjà mis au travail. Camille Kouchner a déjà été entendue le 14 janvier par la brigade de protection des mineurs. Son entourage, à commencer par son frère Victore Kouchner, comme celui d'Olivier Duhamel, devrait être rapidement entendu, d'autant que plusieurs personnes étaient au courant de ces accusations, selon les révélations du Monde. Enfin, le mis en cause, silencieux depuis les affirmations de sa belle-fille, devrait lui-aussi être convoqué pour être auditionné.

* Le prénom a été modifié

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV