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Contrôles "au faciès": le combat d'un policier antillais face à des "collègues"

Le policier était en civil et n'a pas mentionné sa profession lorsqu'il a été contrôlé en gare de Creil, en 2009 (photo d'illustration).

Le policier était en civil et n'a pas mentionné sa profession lorsqu'il a été contrôlé en gare de Creil, en 2009 (photo d'illustration). - Denis Charlet - AFP

Un policier dit avoir été victime d'un contrôle abusif et de violences alors qu'il était en civil, en 2009. Il se bat pour que la justice reconnaisse son préjudice.

Un policier face à quatre confrères devant la justice: la scène, rapportée par RTL, n’est pas ordinaire. Mardi, la chambre d’instruction de la cour d’appel d’Amiens a examiné le dossier de Grégoire S. Ce brigadier de police parisien a porté plainte pour violences en 2009 contre quatre policiers de Creil, dans l’Oise. La cour devait confirmer ou non mardi le non-lieu rendu dans cette affaire. La décision a été mise en délibéré au 16 décembre, selon les avocats joints par BFMTV.com.

Une clé de bras pour le maîtriser

Comment ce brigadier et ces quatre policiers en sont-ils arrivés là? Retour sur les faits. Le 26 janvier 2009, Grégoire S., 57 ans et une longue carrière dans la police, se trouve en gare de Creil. Il se rend au travail et est habillé en civil. Un peu plus loin, quatre policiers âgés de 29 à 32 ans procèdent à des contrôles d’identité sur réquisition du parquet, dans le cadre de l’infraction à la législation des étrangers (séjour irrégulier des sans-papiers, ndlr).

Grégoire, qui est antillais, observe la scène et dit alors remarquer que le contrôle ne se focalise que sur "des Noirs et des Arabes". Il décide de s’approcher. Les policiers lui demandent ses papiers, sans se douter qu’ils ont un "collègue" face à eux. L’homme leur demande sur quels critères sont basés les contrôles. L’un d'eux aurait répondu "sur l’extranéité" (qualité d’étranger, ndlr). Le ton monte rapidement.

Les quatre policiers font alors une clé de bras à Grégoire et lui passent les menottes, avant de l’embarquer. L’avocat de l’un des quatre policiers, interrogé par BFMTV.com, témoigne: "Mon client et ses collègues ne nient pas avoir eu recours à la force pour le maîtriser, mais ils étaient près des rails de train, et ont estimé que la situation pouvait dégénérer", explique Me Pascal Bibard. Quelques minutes plus tard, ils découvrent que l’interpellé est un policier. "Ils ont fait un geste et l’ont laissé repartir pour apaiser la situation", poursuit l’avocat.

"Il a été mis de côté"

Sauf que Grégoire n’en reste pas là. Il porte plainte pour violences, signale l’affaire à sa hiérarchie, puis à l’IGS (police des polices, ndlr). "Personne n’a réagi. Au contraire, ses collègues n’ont pas compris qu’il s’en prenne à la police, et il a été mis de côté, a commencé à subir des brimades", dénonce son avocat, Me Alex Ursulet, joint par BFMTV.com.

Après deux années d’instruction, le juge conclut à un premier non-lieu. "Il n’a jamais procédé à une confrontation, et n’a jamais auditionné l’un des témoins de la scène, un employé de la gare, qui avait pourtant contacté l'IGS. J’ai alors écrit à la Garde des Sceaux, Christiane Taubira", poursuit l’avocat. L’instruction est alors rouverte, et le juge procède cette fois-ci à l’audition du témoin, et confronte les deux parties. "La seconde instruction était plus sérieuse", reconnaît l’autre avocat, Me Bibard. Encore une fois, elle aboutit à un non-lieu. 

C’est cette décision qui a été examinée mardi à la cour d’appel d’Amiens. Il faudra désormais attendre le 16 décembre pour connaître l’avis des magistrats. En attendant, Grégoire, toujours brigadier à Paris, estime qu’en rompant ce silence, sa carrière "a été brisée".