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Comment être certain de passer des vacances sans stress

Des vacancières en Corse en août 2017.

Des vacancières en Corse en août 2017. - PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Alors que des millions de Français s’apprêtent à partir en vacances cet été, ils sont nombreux à ne pas en profiter pleinement à cause d’une anxiété paradoxale.

Vacances, j’oublie tout. Enfin, j’aimerais… Alors que les vacances scolaires débutent vendredi soir, des millions de Français s’apprêtent à prendre quelques semaines de repos après une année souvent trépidante. Mais pour beaucoup, les vacances sont aussi un important vecteur de stress, au point de déboucher sur un effet totalement inverse de ce pour quoi on a décidé de couper quelques jours. "Je vois peu de gens qui viennent avant les vacances. J’en vois quand ils reviennent, par la déception et le stress que ça leur a posé. Quand on part il y a de l’espoir. C’est quand on revient que c’est plus compliqué. Et ce n’est pas tant le fait de retourner au boulot, c’est plus une forme de déception des vacances", raconte le docteur Christophe Bagot, psychiatre spécialiste des troubles anxieux.

Selon lui, cette situation n’est pas forcément paradoxale. "Il y a toute l’année une routine, et celle-ci est assez confortable, on ne se pose pas trop de questions, reprend Christophe Bagot. Quand on part en vacances, ça fait appel à pas mal de questions. Il y a des familles séparées qui demandent une certaine coordination, il y a des familles qui parfois ont de plus en plus de mal à se supporter, parce qu’on a des styles de vie de plus en plus individualistes. On a moins de patience pour absorber l’individualisme de l’autre et trouver quelque chose de commun. Il y a aussi souvent un lien professionnel continu. C’est pratiquement impossible de déconnecter du travail, les gens angoissent de partir parce qu’ils se demandent ce qu’il va se passer quand ils ne sont pas là".

"Avec quelqu’un qui a du mal à décrocher, vous pouvez essayer un arrangement"

"Il y a une grande partie de la population française qui n’a pas de possibilité de couper très rapidement avec son travail", confirme Sébastien Hof, psychologue du travail. La clé pour éviter que celui-ci ne vienne parasiter vos congés, c’est l’anticipation. Avant le départ, il faut tout mettre en ordre pour ne plus avoir à rien penser.

"L’idée c’est de redonner la main très rapidement à qui de droit pour le début de ses vacances, pour pouvoir évacuer un maximum les choses et profiter pleinement, reprend Sébastien Hof. Ce n’est pas de la responsabilité du salarié à proprement dit, c’est aussi à l’employeur de mettre en œuvre les conditions afin que les gens puissent partir en congés sans avoir le besoin de travailler pendant les vacances".

Parfois, c’est d’ailleurs plus facile à dire qu’à faire, et le vacancier ne l’est qu’à mi-temps en répondant à ses mails au bord de la piscine, sans jamais vraiment déconnecter. "Si vous partez avec quelqu’un qui a du mal à décrocher, vous pouvez essayer un arrangement, en lui proposant une plage horaire de travail bien définie, par exemple le matin entre 8h et 9h, propose Sébastien Hof. Mais si toutes les conditions sont réunies pour partir sereinement mais qu’on n’y arrive pas, ça veut dire qu’on y retrouve quelque chose qu’on a du mal à trouver par ailleurs". Par contre, "travailler" mais pas sur son travail salarié peut s’avérer bénéfique. "Certains vont faire des travaux chez eux, d’autres régler des démarches administratives ou même des mots croisés: en vacances, on est amené à travailler de façon différente, mais cela développe de la créativité qui peut nous être utile dans notre job de demain", assure le psychologue du travail.

"Les gens sont souvent dans l'hyperactivité"

En attendant d’y revenir, il est important de gérer son temps de vacances correctement. "La nature ayant horreur du vide, passer d'un coup à rien c’est compliqué, prévient Christophe Bagot. Les gens rentrent rarement dans le "rien", ils sont souvent dans l’hyperactivité, qui colle à des injonctions de la mode et des marchés".

"Il faut accepter le côté imprévisible des vacances, accepter que si tout n’est pas planifié, ce n’est pas grave, prévient la psychologue Silvia André, auteur de J’arrête de stresser, 21 jours pour changer (éd. Eyrolles). Rentabiliser on fait ça toute l’année. Mais ça a parfois l’effet inverse: quelque part, quand on veut absolument se détendre, c’est là où on se détend peut être le moins. Chez mes patients, il faut entre quatre jours et une semaine pour qu’ils lâchent le rythme. Dire tout d’un coup "bon je lâche", c’est difficile après 11 mois de planification".

"Planifier une super activité pour la fin, histoire de garder le plaisir jusqu’au bout"

Lâcher prise, quand on part en famille, ce n’est d’ailleurs pas totalement possible. "En famille, il ne faut pas que ce soit toujours le même qui fasse les courses, le ménage, la cuisine et qui s’occupe des enfants, prévient Silvia André. Typiquement, et je le vois de plus en plus, j’ai surtout des femmes qui se plaignent de ça. Elles reviennent en disant qu’elles sont encore plus fatiguées et sont contentes de revenir à leur vie normale. Elles se laissent embarquer par le quotidien et refont ailleurs ce qu’elles font chez elles. Mais si on veut rater ses vacances il n’y a rien de mieux que faire quelque chose qu’on subit".

Mais ce que tout le monde subit, c’est qu’il faut bien finir par rentrer un jour. Et il faut savoir le faire sans que l’angoisse du retour ne vous gâche le séjour. Quand on voit arriver avec anxiété la date fatidique du retour à la maison et au travail. Mais ça aussi, ça se travaille. "Dans ce cas, je conseille de planifier une super activité pour la fin, histoire de garder le plaisir jusqu’au bout, reprend Silvia André. On peut aussi rentrer la veille de la reprise et se laisser un jour pour décompresser. On peut aussi préparer des choses en amont, en laissant des choses dans le frigo, histoire de ne pas avoir à faire les courses et ne pas revenir dans le quotidien tout de suite".

Antoine Maes