BFMTV

Cinq prêtres traditionalistes du Pas-de-Calais en garde à vue pour violences sur des enfants

L'entrée de la communauté traditionaliste de Riaumont à Liévin (Pas-de-Calais), le 6 mai 2018

L'entrée de la communauté traditionaliste de Riaumont à Liévin (Pas-de-Calais), le 6 mai 2018 - DENIS CHARLET, AFP/Archives

Les faits concerneraient des violences "non sexuelles" commises sur de jeunes pensionnaires du "Village d'enfants de Riaumont "entre 2008 et 2014".

Secouée l'an dernier par des affaires d'agressions sexuelles et de maltraitance, la discrète communauté traditionaliste de Riaumont à Liévin (Pas-de-Calais) se retrouve de nouveau dans la tourmente après la garde à vue de cinq prêtres dans une enquête sur des violences physiques sur des enfLes vioLes eant

Interrogés par le police judiciaire de Lille

Cette enquête, menée par l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP) et la police judiciaire de Lille, concerne des faits de violences "non sexuelles" qui "remontent" dans le temps mais qui "ont pu perdurer", selon une source proche de l'enquête, confirmant une information de M6.

Selon une autre source proche de l'enquête à Lille, il s'agirait de violences commises "entre 2008 et 2014" contre de jeunes pensionnaires. Quatre prêtres étaient interrogés dans les locaux de la police judiciaire de Lille.

Un cinquième prêtre, l'ancien prieur mis en examen en avril 2017 pour détention d'images pédo-pornographiques, était également en garde à vue dans le sud. Il avait été éloigné par l'institution dans un monastère du sud de la France après la découverte de ces images dans son ordinateur.

Trois d'entre eux ont été interpellés mardi matin à Riaumont et le quatrième s'est présenté de lui-même à la police.

Plus de 200 témoins et victimes entendus

La communauté de la Sainte-Croix de Riaumont, qui lutte contre "les idéologies anti-chrétiennes et anti-morales", ne faisait guère parler d'elle jusqu'à la révélation début mai 2018 de plusieurs enquêtes de grande ampleur pour agressions sexuelles et maltraitance.

Plus de 200 témoins et victimes ont été auditionnés par la police dans plusieurs pays depuis 2013, pour des faits remontant aux années 1990 et 2000

"C'est incroyable que ce truc-là ne soit pas encore fermé", a déclaré une source proche du dossier.

Contacté par l'AFP, Me Philippe Bodereau, qui a longtemps été l'avocat de la communauté religieuse de Riaumont (y compris sur des affaires n'ayant aucun rapport avec cette enquête), a indiqué s'être retiré du dossier, sans donner plus de précisions. Eric Morain, avocat en 2018 de la communauté, était injoignable.

La communauté de Riaumont comprend une école hors contrat qui dispense des cours de la 6e à la 3e, encadrés par des religieux de spiritualité bénédictine célébrant la liturgie en latin. La propriété abrite en outre un groupe scout traditionaliste et un centre de documentation baptisé "laboratoire scout".

Cet ordre de droit pontifical relève directement de la commission romaine Ecclesia Dei, qui a autorité sur les communautés traditionalistes restées dans le giron de Rome.

L'entrée de la communauté traditionaliste de Riaumont à Liévin (Pas-de-Calais) le 6 mai 2018
L'entrée de la communauté traditionaliste de Riaumont à Liévin (Pas-de-Calais) le 6 mai 2018 © DENIS CHARLET, AFP/Archives

Présence policière

Fondée par le père Albert Revet, cet institut traditionaliste enseigne "la spiritualité scoute et bénédictine". Dans le village d'enfants, les religieux y accueillent une trentaine de garçons uniquement, "les plus déshérités". On y prône le "rejet absolu de toute médiocrité, compromission et bavardages stériles".

Depuis 1982, date où le financement de l'Etat au titre des "enfants placés par la direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS)" a pris fin, les fonds proviennent à 17% des pensions versées par les parents et à 83% de dons.

Des journalistes de l'AFP ont constaté une présence policière ce mercredi après-midi dans le parc de sept hectares de la communauté, dont l'allée principale demeurait ouverte et où l'on pouvait apercevoir ça et là des décorations de Noël et une crèche.

Un adolescent retrouvé pendu en 2001

Y ont été construits depuis les années 1960 un village d'enfants, une école hors contrat et un mémorial national des scouts morts pour la France, entre autres. Une messe dominicale ouverte à tous est célébrée dans une chapelle austère de pierres sombres, en latin, dans la forme extraordinaire du rite romain.

En 2001, le parquet de Béthune avait ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes de la mort d'un adolescent de 14 ans, retrouvé pendu dans l'institut. Un non-lieu avait finalement été prononcé.

Sollicité par l'AFP, le père Hervé Tabourin, l'un des prêtres de la communauté, s'est refusé à tout commentaire.

Manon Fossat avec AFP