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Charlie Hebdo: que devient le journal satirique, 5 ans après l’attentat qui a décimé sa rédaction?

Cinq ans après l'attaque dans laquelle a péri une majeure partie des journalistes de Charlie Hebdo, l'hebdomadaire continue de vivre et de délivrer ses dessins et caricatures satiriques.

Il y a cinq ans jour pour jour, la rédaction "satirique et laïque" de Charlie Hebdo était meurtrie par l’attaque des frères Kouachi, deux fanatiques religieux soumis à l’idéologie d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa). Vers 11h30, le 7 janvier 2015, les balles de leurs kalachnikovs ôtaient la vie à 12 personnes dont Cabu, Charb, Wolinski et Tignous, journalistes emblématiques de l’hebdomadaire aux dessins incisifs.

Aujourd’hui reclus dans des bureaux hautement sécurisés, à une adresse tenue secrète, les survivants de Charlie Hebdo et leurs nouvelles recrues tentent de faire vivre le journal. "Ce ne sont pas deux petits cons encagoulés qui verront crever Charlie", déclame Riss dans les colonnes de son journal.

Et d’ajouter ce mardi matin au micro de France Info: "Charlie Hebdo est toujours là. Nous sommes plus déterminés à exister et à vivre après ces cinq années passées."

On "veut continuer à écrire pour ce journal"

Le directeur de la publication du journal assure que malgré le drame qui les a frappés, les survivants n’ont "jamais vraiment cessé de rire sinon, c’est une partie de notre identité qui disparaîtrait. On peut préserver le souvenir et la mémoire de ceux qui ont disparu tout en rigolant". Depuis 2015, les rires des nouveaux rédacteurs et dessinateurs se joignent à ceux des anciens.

"C’était mon rêve de travailler pour Charlie", raconte à Libération le caricaturiste Pierrick Juin.

Il travaille désormais aux côtés de Coco et de Luz qui ont maintenu la rédaction à flot dans les mois qui ont suivi l’attaque. "Quand on m'a dit 'ok' pour ma première pige, je n'en revenais pas", exulte sur Europe 1 Laure Daussy, une autre journaliste à avoir rejoint la bande. Et de poursuivre: "J'étais extrêmement honorée de travailler pour dire à ceux qui ont voulu faire taire Charlie Hebdo que des personnes veulent continuer à écrire pour ce journal."

Reste que, "le surmoi du canard est déterminé par le drame et les disparus. On ne peut pas dire que c’est un journal de la déconne, à la dimension hédoniste", tempère dans les colonnes de Libération Guillaume Erner, chroniqueur chez Charlie depuis le printemps 2015.

Plus de lecteurs qu’avant les attentats

Renouvelée, la rédaction poursuit désormais son combat contre l’obscurantisme et les censeurs qui attaquent régulièrement Charlie Hebdo sur son fascisme et son islamophobie. Dans son numéro anniversaire à paraître ce mardi, la rédaction s'en prend d’ailleurs aux "nouveaux gourous de la pensée formatée".

"Hier, on disait merde à Dieu, à l'armée, à l'Église, à l'État. Aujourd'hui, il faut apprendre à dire merde aux associations tyranniques, aux minorités nombrilistes, aux blogueurs et blogueuses qui nous tapent sur les doigts comme des petits maîtres d'école", écrit Riss dans son éditorial.

Le dessin de la Une est signé Coco et représente un smartphone géant affichant les logos de grands réseaux sociaux qui écrasent la langue et les bras d'un dessinateur. Et de titrer: "Nouvelles censures... Nouvelles dictatures." Cinq ans plus tard, Charlie a donc gardé sa plume et sa marque de fabrique qui semblent plaire aux lecteurs.

En effet, le journal se porte "correctement" avec 25.000 exemplaires vendus chaque semaine en kiosque et 30.000 abonnés. "C’est plus qu’avant l’attaque", souligne Riss sur France Info rappelant qu’entre 1992 et 2015, "on vendait à peu près 18.000 exemplaires en kiosque et on comptait environ 15.000 abonnements". Il se réjouit auprès du Journal du dimanche que des lecteurs aient découvert leur journal après 2015 et "soient restés. C'est réconfortant".

Ambre Lepoivre