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Ces terrasses trop bruyantes

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L'été et la loi anti-tabac poussent les gens en terrasse. Une bonne nouvelle pour les cafetiers et restaurateurs, qui doivent néanmoins faire face à la colère des riverains agacés par le bruit.

Avec l'été, les terrasses fleurissent dans Paris. Et avec elles, les pétitions de riverains mécontents des nuisances sonores, notamment celles provenant des terrasses fumeurs. Les consommateurs sortent maintenant fumer une cigarette, verre à la main. Entre 2007 et 2008, les demandes d'ouvertures de nouvelles terrasses ont augmenté de 27% à Paris. La capitale compte aujourd'hui 15 000 cafés et restaurants, dont 8 000 avec terrasses. Pour beaucoup, la loi anti tabac a aggravé la situation. Des associations de riverains s'organisent, comme dans le 5ème arrondissement, l'association Descartes-Mouffetard.

« Impossible de dormir de minuit à 4h du matin »

Une habitante d'un appartement qui donne sur la place de la Contre Escarpe, centre des bars du quartier animé Mouffetard, témoigne : « de minuit à 4h du matin, c'est incroyable : les gens sont ivres, crient, font du bruit avec les voitures, se battent parfois... On ne peut pas dormir. Nous avons des doubles fenêtres avec double-vitrage, mais quelques fois c'est impossible [de dormir], on entend tout, même fenêtres fermées. Dans tout le quartier, les gens essaient de vendre leurs appartements, parce qu'ils ne peuvent plus vivre. [...] Apparemment très sollicitée, la police passe quand même, mais ça ne donne pas beaucoup de résultats, parce que les gens s'en moquent complètement. »

« Si on veut la paix, on n'achète pas rue Mouffetard »

Tony Gomez, le patron de la Casa Pepe, un restaurant de la rue Mouffetard, est très remonté contre les riverains qui multiplient les pétitions contre le bruit dans le quartier : « C'est une rue où on fait de la musique depuis le Moyen-âge. Celui qui vient acheter ici, ou il est débile, ou je ne comprends pas. S'il veut vraiment avoir la paix, il n'achète pas rue Descartes, ni rue Mouffetard ou Montagne Sainte-Geneviève ; on va ailleurs. Nous, on a rien modifié. La seule chose qui a changé, ce sont les riverains. Qu'est-ce qu'ils veulent ? Faire de Paris un dortoir ? Il faut s'adapter à l'endroit où tu vas, sans ça tu n'y vas pas. »

Depuis la loi anti tabac, Tony Gomez demande tout de même à ses clients fumeurs de faire attention au bruit dans la rue. Mais il est en colère après les habitants qui appellent systématiquement la police selon lui : « je sais qu'il y a une loi et qu'il faut la respecter, mais il ne faut pas non plus, à chaque fois qu'ils ont un petit problème, écrire au préfet ou au maire de Paris ! »

« Que les mécontents fassent une grève des impôts »

Maître Philippe Emmanuel est l'avocat de SOS Bruit, une association contre les nuisances nocturnes. S'il reconnaît un peu à contrecœur, que ni « les pétitions, [ni] les interpellations des élus, de la préfecture de police, des commissariats, ne donnent grand-chose », il milite pour « des actions légales, du style se coucher dans une rue très bruyante ». Il va même jusqu'à évoquer des techniques illégales : « que les gens qui sont mécontents des services publics, menacent de faire une grève des impôts. Puisque, justifie-t-il, les impôts locaux servent aussi à payer ces services qui ne nous le rendent pas. »

La rédaction, avec Nicolas Marsan