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Ces bagagistes qui pillaient les valises

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Un réseau de 12 bagagistes opérant à Roissy a été arrêté. Ils sont suspectés d’avoir dérobé pour 450 000 euros de marchandises dans les bagages des passagers d’Air France.

12 bagagistes de Roissy étaient toujours ce mercredi matin en garde à vue, après avoir été interpellés mardi. Ils sont suspectés d'avoir volé pour 450 000 euros de marchandises dans des bagages en transit à l'aéroport de Roissy, sur des vols Air France. Selon une source aéroportuaire, il s'agit de « la plus grande opération de démantèlement d'un réseau de bagagistes menée à Roissy depuis 2004 ».

Les gendarmes enquêtaient depuis plus d'un an et demi sur ce réseau, alertés par des plaintes de passagers. Les 12 bagagistes appartiennent à la même entreprise, Trac Piste, sous-traitante d'Air France. Ils sont poursuivis pour vols en réunion et recel de marchandises volées. Certains d'entre eux ont d'ores et déjà reconnu les faits.

Cela faisait plus d'un an qu'ils fouillaient dans les valises des passagers. De quoi se constituer un gros butin, avec des objets de valeur : ordinateurs, camescopes, téléphones portables, ipods, bijoux, bouteilles de parfums et travellers chèques. Les 12 bagagistes ont été interpellés à leurs domiciles, notamment en Seine-Saint-Denis et dans le Val d'Oise. Chez l'un d'entre eux, les gendarmes ont retrouvé pas moins de 80 paires de chaussures de luxe. Certains revendaient leur butin sur ebay.

Une affaire qui ne surprend personne

Un bagagiste employé dans cette entreprise Trac Piste, qui souhaite rester anonyme, n'est pas du tout étonné par ces vols : « Il y a un site où l'on travaille où c'est courant, tout le monde le sait. J'ai même vu quelqu'un une fois mettre la main dans un sac. Ils ouvrent les bagages qu'ils chargent dans l'avion. C'est la tentation, ce sont plutôt des jeunes. Pour eux, c'est un jeu, trouver quelque chose dans les valises qui a de la valeur. Ce n'est pas assez surveillé... mais comment voulez-vous qu'ils surveillent ? A moins qu'il y ait un chef dans tous les avions, mais ce n'est pas possible. Il n'y a pas grand-chose à faire, il faut l'accepter ».

« C'est facile de voler dans les bagages »

Abel, agent de trafic et délégué syndical CGT chez Trac Piste, explique qu'ils avaient « déjà des informations d'Air France comme quoi il y avait un certain nombre de passagers qui avaient déposé des plaintes parce qu'on leur avait dérobé des objets personnels. C'est facile de dérober des objets dans les bagages des gens puisque ce n'est pas comme dans un magasin où il y a de la sécurité. C'est plus pour rentrer dans l'aéroport qu'on est soumis à des contrôles. Mais pour sortir après c'est plus facile, même s'il peut y avoir des contrôles, de temps en temps ».

Une technique bien rôdée

A quel moment ce réseau opérait ? Après l'enregistrement et le contrôle par scanner, pendant le chargement dans les soutes : une fois que vous avez enregistré votre valise, elle descend et passe par un contrôle scanner pour voir si elle ne contient pas d'armes ou d'explosifs. Ce contrôle est effectué par des agents de sûreté qui voient sur leurs écrans de contrôle le contenu exact des bagages. Ensuite, des bagagistes les mettent dans des conteneurs qui sont finalement chargés dans les soutes des avions. Il peut y avoir complicité entre les agents de sûreté et les bagagistes. Les agents de sureté indiquant aux bagagistes ce qu'il y a à l'intérieur des valises. Il se peut aussi très bien que le bagagiste jette un rapide coup d'œil sur les écrans de contrôle et voit lui-même le contenu des valises. Ensuite, les valises intéressantes sont placés à côté des portes des conteneurs, faciles d'accès. C'est une fois que le conteneur est dans l'avion, à l'abri des regards, que les vols s'effectuent. En effet, il y a 2 à 3 bagagistes qui montent dans les soutes pour répartir la masse des conteneurs dans l'avion. Les cadenas et autres sangles ne servent à rien, ils font tout sauter. La meilleure solution pour se prémunir, ce sont les films plastiques hermétiques fournis par les compagnies. Leur endommagement est une preuve réelle d'infraction.

La rédaction et Céline Pitelet