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Bras de fer entre syndicats chez Goodyear

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Malgré un vote des salariés en faveur d’un passage aux 4/8 chez Goodyear à Amiens, la CGT et les salariés grévistes bloquent l’usine.

L'usine Goodyear Dunlop d'Amiens est toujours au point mort. Depuis vendredi, une cinquantaine de salariés se relayent jour et nuit pour bloquer l'entrée de l'usine à l'appel de la CGT et Sud. En effet, les syndicats ont jusqu'à cet après-midi pour signer l'accord de réorganisation du travail en 4/8, soit le rythme des « trois huits » (une équipe le matin pendant 8 heures, une l'après-midi et une la nuit) avec des week-ends en plus.

73% des salariés ont voté pour la mise en place des 4/8 et 2 syndicats minoritaires ont validé cet accord (CFE-CGC et CFTC). Mais la CGT, qui est le syndicat majoritaire, ne veut pas en entendre parler et estime que le scrutin n'est pas légitime. Cette nouvelle organisation entraînerait une production plus importante et permettrait, selon la direction, de sauver 400 emplois, mais elle implique aussi plus de week-ends travaillés pour les salariés de l'usine.

« Mourir pour Goodyear, c'est niet »

Sur place, l'ambiance est de plus en plus tendue : entre salariés grévistes et non grévistes, et entre syndicats. Du côté de la CGT, Mickael Wamen explique que les 4/8 « consistent à flinguer nos vies de familles, puis à engraisser un peu ceux qui se foutent un maximum de fric dans les poches depuis un certain nombre d'années. C'est un rythme infernal, ça revient à banaliser le travail du samedi et du dimanche, ça revient à ne plus avoir de jours fériés, et quasiment plus de congés payés avec nos femmes et nos enfants. En fin de compte, les 4/8 c'est travailler pour Goodyear, vivre pour Goodyear, mourir pour Goodyear, et ça c'est niet, clairement. On travaille pour vivre et on ne vit pas pour travailler ».

« Si la CGT continue, nous devrons licencier »

Cependant, l'avis de la CGT ne fait pas l'unanimité chez les salariés, dont 73% ont voté pour l'instauration des 4/8. Hier matin, plusieurs dizaines de salariés non grévistes se sont rassemblés devant l'usine. Ils n'ont pas pu rentrer et travailler. Parmi eux, Pierre, cadre chez Goodyear, qui explique qu'une « majorité de gens ce matin voulaient rentrer. Pour les ouvriers, je sais que c'est dur de travailler en 4/8, des week-ends complets ce n'est pas simple à accepter, mais il faut quand même savoir que c'est la pérennité du site qui est en jeu. Je pense que si le 4/8 ne se fait pas, à terme l'usine est condamnée ».

Un discours que tient également Olivier Rousseau, le PDG de Goodyear Dunlop France : « Je mets clairement les grévistes devant leurs responsabilités : une majorité de salariés s'est exprimée, une immense majorité a voté « Oui ». Si la CGT décide de faire différemment, elle en tirera toutes les conséquences. Si la CGT dénonce cet accord et ne respecte pas le choix de la majorité des salariés, nous n'aurons malheureusement pas d'autre choix que de mettre en œuvre un premier plan de licenciement et d'envoyer dès le mois de septembre, 402 lettres de licenciement ».

La rédaction avec Stéphanie Collié et Antonin Amado