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Brahim et Salah Abdeslam, les frères meurtriers

Les deux frères Abdeslam. A droite, la photo de Salah, diffusée sur l'avis de recherche de la police nationale.

Les deux frères Abdeslam. A droite, la photo de Salah, diffusée sur l'avis de recherche de la police nationale. - Capture BFMTV.

Brahim et Salah Abdeslam ont participé aux pires attentats que la France ait connus. Un destin insoupçonnable pour ceux qui les avaient fréquentés lors de leur jeunesse ordinaire, en Belgique.

Des quatre frères Abdeslam, deux ont participé aux attentats du 13 novembre à Paris. L'un, Brahim, a déclenché sa ceinture d'explosifs devant un restaurant du boulevard Voltaire. Il n'a causé que sa propre mort. L'autre, Salah, est l'ennemi numéro 1 en Europe, recherché par toutes les polices du continent pour sa participation aux multiples attaques qui ont tué 130 personnes le soir du 13 novembre.

Le cadet mène l'aîné

Alors que l'aîné, Yazid, s'est marié et a quitté la maison, Mohamed, Brahim et Salah vivent chez leurs parents, dans le quartier de Molenbeek, à Bruxelles. Des trois frères, c'est Salah que l'on présente comme le plus rusé et le plus fou, selon les témoignages rapportés par Le Monde. On le surnomme le "déglingo". Brahim, de cinq ans son aîné, est "paresseux", "fragile", "influençable".

Brahim n'a d'aîné que le titre et son avocat de l'époque, Me Olivier Martins, dit de lui qu'il est le plus "faible" de la fratrie. Une description que ne dément pas celle qui l'a épousé en 2004, Naïma. Elle décrit un homme qui fume "beaucoup de joints, trois à quatre par jour", qui boit "régulièrement de l'alcool". Pour certains, il présente même les signes d'un "léger retard mental". 

De petits délits en petits boulots

Sarah Turine, conseillère municipale à la jeunesse de Molenbeek jusqu'en 2012, se souvient des frères Abdeslam comme "des délinquants classiques". A part Mohamed, tous ont croisé un jour la route de la police pour divers petits larcins. Ensemble, Yazid et Brahim se retrouvent mêlés à un trafic de faux papiers en 2003.

En 2005, Brahim ajoute le trafic d'armes à celui des faux papiers. Il est condamné à 20 mois de prison avec sursis, une peine clémente, les juges estimant qu'il a montré de réels regrets et qu'il tente de s'en sortir. Salah, le cadet, tente de braquer un garage avec, déjà lui, Abdelhamid Abaaoud, l'un des logisticiens des attentats de Paris.

Après un passage par la STIB, les transports en commun de la ville, pour Salah, et par la municipalité pour Brahim, tous deux ouvrent un bar à Molenbeek où l'on ne vend pas que de la bière. La drogue circule beaucoup et dans un coin, un ordinateur diffuse des vidéos de propagande de Daesh.

La radicalisation

Sur certaines d'entre elles apparaît l'ancien copain de Salah, Abaaoud. Sourire vissé aux lèvres, il pose dans des mises en scène macabres, traînant derrière sa voiture les cadavres de ses victimes. Selon un habitué, Brahim passe son temps à regarder ce genre de vidéos, comme on regarde un film à la télévision.

Pour Brahim et Salah, dont le bar a été fermé à cause de leurs trafics, l'année 2015 est faite de voyages. Leur parcours devient difficilement traçable, même si l'on sait que Salah est contrôlé en août en Grèce alors que plus tôt, en janvier, Brahim avait été arrêté alors qu'il tentait de passer la frontière turque.

Lorsque Salah part pour la Grèce, il a déjà changé. Il a arrêté de fumer, porte la barbe et ne boit plus d'alcool. Brahim confie à un cousin qu'il veut "rentrer dans le dîn", la voie de Dieu. Tous espèrent que les deux frères se calment enfin et retrouvent le droit chemin. En réalité, ils préparent leur équipée meurtrière.

La mort pour Brahim, la fuite pour Salah

Le 12 novembre, la veille des attentats, un témoin les entend se disputer. "Moi, sans pognon, je bouge pas. Si y a pas de pognon, j'y vais pas!" crie l'un des frères. Mohamed, leur aîné, ne comprend toujours pas pourquoi ses frères se sont lancés dans des actes aussi barbares. Et il assure que jamais, ses frères ne lui ont dit "ni adieu, ni au revoir".

Le 13 novembre, les deux frères sont ensemble jusqu'au moment où Brahim est déposé devant un restaurant du boulevard Voltaire, à Paris. Il s'y fait exploser pendant que Salah rejoint le 18e arrondissement. Il devait sûrement y mourir, mais il prend finalement la fuite, aidé par des amis. Salah Abdeslam est désormais considéré comme l'homme le plus recherché d'Europe.

Paul Aveline