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Bien plus qu'une simple mode, le disque vinyle s'installe au salon

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- - JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Plus qu’un éphémère phénomène de mode, le vinyle est en passe de s’installer durablement comme un vrai relais de croissance pour l’industrie de la musique.

"Aujourd’hui, on est quand même un peu victime de notre succès". Pascal Bussy n’est pas du genre rabat-joie, mais c’est bien la vérité: alors que se profile la huitième édition du Disquaire Day, le directeur du Calif, l’association qui organise depuis 2011 la grande fête des chineurs de vinyles, l’objet est désormais bien plus qu’un bien culturel pour bobo. "On est confronté à pas mal d’événements qui se passent comme par hasard le 21 avril et qui ne sont pas labellisés Disquaire Day", remarque-t-il. C’est ce qu’on appelle la rançon de la gloire, car l’objet en tant que tel est désormais en passe de se (re)démocratiser.

En dix ans, la part dans le chiffre d’affaires de la musique à support physique est passée de 0,6% à 12%.

"D’un côté, on a l’écoute nomade qui correspond à des nouveaux modes de consommation de musique dématérialisée. Et de l’autre côté on a le vinyle, un objet presque sensuel: on le touche, on le regarde, on l’écoute. On n’écoute pas de la même façon un extrait de 15 minutes qu’un vinyle qui dure une heure. Ça correspond à tout un courant qui a sans doute à voir avec l’authenticité, qui est plus porté vers une vie moins trépidante", reprend Pascal Bussy.

"Le retour du consentement à payer dans une industrie qu’on disait moribonde"

L’engouement pour le vinyle est désormais "structure", confirme Guillaume Leblanc, directeur général du Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP). S’il relativise les volumes de ventes de vinyles (trois millions en 2017) face aux CD (23 millions), il confirme qu’on est "désormais bien au-delà de l’effet de mode". "Ce que ça traduit surtout selon moi, c’est le retour du consentement à payer dans une industrie qu’on disait moribonde et définitivement perdue il y a quelques années", ajoute Guillaume Leblanc.

Le marché serait d’ailleurs complémentaire de l’offre numérique. D’abord pour les artistes eux-mêmes, "dont beaucoup n’envisagent plus la sortie d’un album sans une version vinyle qui leur permet de fidéliser leur fan-bas", assure le directeur général de la SNEP. Mais aussi pour le consommateur, puisque les meilleures ventes sont des rééditions d’albums "qui ont marqué l’histoire de la musique, qu’on souhaite s’approprier, avec une belle pochette". Dans le Top 5 des ventes en 2017, que des "vieilleries", avec deux albums de Nirvana, un de Michael Jackson, et un autre de Rage Against the Machine. Le plus récent du lot étant Back to Black d’Amy Winehouse.

A la Fnac, "nous continuons à accélérer et à faire de la place dans nos rayons"

Le vinyle n'est donc plus l'apanage des petits indépendants. A la Fnac, le virage a été pris dès la fin 2013.

"Nous avons installé du mobilier spécifique dès 2014", raconte Laure Buisson, directrice du pôle culture. "Nous avons pris ce pari en amont et accompagné la reprise de ce marché. Au départ, c'était surtout des mélomanes nostalgiques qui reconstituaient leur discothèque. Aujourd'hui, le public s'est considérablement élargi et la gamme s'est étoffée au-delà de la réédition. A la Fnac, le vinyle représente 20% des ventes audio en physique. Nous continuons à accélérer et à faire de la place dans nos rayons. On dit que le marché américain a entre deux et cinq ans d'avance sur nous. Là-bas, certains magasins ont même totalement arrêté de vendre des CD et ne font plus que du vinyle".

L’effet vinyle se vérifie facilement auprès des industriels du secteur. La société MPO, qui presse des vinyles en Mayenne depuis 1957, était au bord du gouffre au début de ce siècle. Désormais "quand on les écoute, ils ont des carnets de commande bookés pour des mois et des mois", assure Guillaume Leblanc. Parce qu’acheter une galette ne suffit pas, la tendance est également palpable chez les fabricants de platines. Les Français en ont acheté 145.000 en 2017, et la manne profite également à quelques fabricants français.

"Une vraie tendance de marché en termes de matériel"

C’est le cas du pionnier français de la hi-fi, Elipson. Fondée en 1938, et connue pour avoir sonorisé les discours du général De Gaulle, la société tombe en désuétude dans les années 80. Elle est rachetée en 2008 alors qu'elle vient d'être placée en liquidation judiciaire en 2008. Aujourd’hui, "c’est une vraie tendance de marché en termes de matériel", confirme Jordan Perrin, chef de produit marketing de la société. "On a une vraie augmentation des ventes de notre platine néo-vintage. Ça a été un gros enjeu, qui a contribué au renouveau d’Elipson en gonflant les chiffres. Ce n’est pas le seul produit qui a relevé la boîte, mais c’est un objet symbolique".

En bout de chaîne, les vendeurs indépendants profitent aussi de la vague. "Une dizaine de disquaires ouvrent chaque année. On parle beaucoup de cœur de ville en déshérence pour les villes moyennes, mais cette notion de commerce de proximité au cœur des villes est importante. Ça fait revenir le disque dans la vie sociale", enchaîne Pascal Bussy. Jusqu’à quand? "Peut-être jusqu’au jour où le CD reviendra à la mode", sourit Guillaume Leblanc.

Antoine Maes