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"Avant, il y avait des années à méduses, maintenant c’est tout le temps"

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- - Fred TANNEAU / AFP

Hantise des baigneurs, les méduses envahissent régulièrement les plages du littoral français, et ce du Nord au Sud…

C’est toujours la même petite angoisse qui vous prend au moment de vous jeter à l’eau: la plage où vous vous apprêtez à piquer une tête est-elle infestée de méduses? Il faut dire que la douleur provoquée par la piqûre de cet animal peut s’avérer extrêmement dangereuse. Voire même fatale en cas d’allergie. Mais prévoir une prolifération de méduses n’a rien de simple, puisque elles sont portées par les courants et que les recensements de populations aux larges des côtes sont inexistants. Depuis six ans, une carte participative qui couvre tout le sud-est, lancée par la société ACRI-ST, permet tout de même de se baser sur les observations des baigneurs pour en avoir le cœur net.

Depuis son lancement, plus de 31.000 observations ont été faites, par environ 8000 témoins, ce qui fait dire à Antoine Mangin, directeur scientifique d’ACRI-ST, que c’est "la plus grosse base de données d’observations de méduses en Europe".

"J’étais très étonné en début de saison, parce que sur notre carte, il y avait beaucoup de gens qui signalaient qu’il n’y en avait pas, raconte-t-il. J’ai même suspecté un bug de l’outil. Mais là elles commencent à apparaître, la saison a démarré il y a un peu plus d’une semaine. On voit apparaître des échouages. Ce n’est pas facile ici de savoir s’il y en a plus, parce qu’on dépend des courants. Mais on pense que leur présence au large est relativement stable".

"On rencontre des espèces qu’on voyait un peu moins il y a une dizaine d’années"

Sur la façade Atlantique, les méduses ont également leurs habitudes. "La position de La Rochelle est connue pour rencontrer une grosse méduse qui s’appelle rhizostoma octopus, qui peut faire entre 60 et 80cm de diamètre, indique Matthieu Coutant, directeur général de l’aquarium de La Rochelle. Il y en a cette année, comme d’habitude. La dernière fois que je suis sortie en mer, j’en ai vu régulièrement, pour moi ce n’est pas anormal". Mais il voit quand même une différence de taille: "Depuis plusieurs années, il y a quand même une augmentation des espèces. Les courants changent, les températures de l’eau remontent un peu plus. C’est quand même le signe d’un réchauffement climatique, pour être clair. Mais on rencontre des espèces qu’on voyait un peu moins il y a une dizaine d’années: des méduses striées, des aurelia", deux espèces également urticantes.

Un peu plus au nord, les méduses sont également arrivées. Mais là aussi, impossible de se baser sur un comptage précis. "C’est subjectif, néanmoins, j’ai des retours qui me laissent penser qu’il y a pas mal de méduses cette année", indique Dominique Barthélémy, responsable du vivant à Oceanopolis (Brest).

Comment expliquer le phénomène? "On a eu une fin de printemps plutôt belle, un mois de juillet très beau, les eaux sont plutôt chaudes. Je trouve que cette année on les voit assez tôt, alors que d’habitude c’est plutôt vers la fin de l’été. Mais c’est un phénomène global. La pêche intensive va éliminer une partie des poissons qui mangent la même chose que les méduses. Forcément, les méduses ont donc plus à manger. Pas mal d’espèces qu’on retrouvera sur notre littoral peuvent habituellement être subtropicales. On les trouvera plus facilement sur nos côtes parce que les eaux sont un peu plus chaudes".

"Avant, il y avait des années à méduses, maintenant c’est tout le temps"

Les littoraux de la Manche et de la Mer du Nord ne sont pas non plus épargnés. Ces derniers jours, des proliférations ont d’ailleurs été détectées de Calais à Dunkerque. "Avant, il y avait des années à méduses. Maintenant c’est tout le temps, il y a une tendance à la présence permanente", reconnaît Stéphane Hénard, responsable de l’aquariologie à Nausicaa. Et lui aussi y voit l’influence néfaste de l’homme.

"Beaucoup d’hypothèses penchent dans ce sens-là. D’abord le réchauffement favorise les méduses. Ensuite la présence en quantité plus importante de nitrates, qui viennent de l’agriculture, et de phosphates, souvent de provenance urbaine, favorisent la croissance du plancton. Et les méduses apparaissent quand il y a du plancton en excès. Enfin, il y a la raréfaction des prédateurs de méduses comme les tortues marines, les poissons lunes, les thons, les maquereaux, les sardines…".

Mieux vaut donc se méfier avant de se jeter à l’eau, et quel que soit l’endroit où vous êtes. "Il y a des gens plus sensibles que d’autres, mais par définition, dès qu’on rencontre un animal sauvage, on ne touche pas", conseille Matthieu Coutant. Quant à Stéphane Hénard, il rappelle qu’une pommade anti-méduse qu’il juge efficace est disponible en pharmacie. Mais aussi que la méduse peut aussi être utile. "Il y a des mécanismes chez les méduses qui intéressent beaucoup la recherche. Elles contiennent du collagène, qui peut être intéressant en chirurgie ou en cosmétique. Il y a également une méduse, la turritopsis, qui vieillit pendant 11 mois et qui va se régénérer pendant un mois. On ne sait pas combien de temps elle peut vivre, peut-être qu’elle est éternelle. Ce mécanisme pourrait avoir des répercussions en chirurgie, en gérontologie… On commence à peine à découvrir tout ça". Mais pour la douleur des piqûres, on sait depuis longtemps.

Antoine Maes