BFMTV

Attentats en Corse: le bâtonnier d'Ajaccio Dominique Ferrari mis en examen

Le bâtonier d'Ajaccio, Me Dominique Ferrari, a été mis en examen ce jeudi.

Le bâtonier d'Ajaccio, Me Dominique Ferrari, a été mis en examen ce jeudi. - Pascal Pochard Casabianca - AFP

L'avocat a été mis en cause par un juge antiterroriste dans le cadre d'une enquête sur des attentats, commis en 2013, contre des gendarmeries en Corse.

L'avocat Dominique Ferrari, bâtonnier d'Ajaccio, a été mis en examen, ce jeudi, par un juge antiterroriste dans l'enquête sur des attentats contre des gendarmeries en Corse en 2013. C'est l'un de ses avocats qui l'a annoncé.

Des attaques à la roquette

"A ce stade", a estimé Me Eric Barbolosi, le placement de son client sous le statut de témoin assisté aurait été "largement suffisant".

Les casernes de gendarmerie de Battesti à Ajaccio et de Bastia avaient été la cible d'attaques à la roquette antichar, le 5 décembre 2013. Ces actions, qui n'avaient pas fait de victimes, avaient été interprétées comme la riposte à des arrestations de sympathisants nationalistes, soupçonnés de deux "nuits bleues" contre des résidences secondaires en mai et décembre 2012. Elles n'ont jamais été revendiquées.

"Ce tir aurait pu tuer des gendarmes ou des membres de leurs familles. Ces faits sont particulièrement graves", avait déclaré Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur.

Deux personnes en garde à vue

Deux personnes restent en garde à vue dans ce dossier, selon une source judiciaire.

Au centre des investigations, la découverte en décembre 2013 d'un arsenal dans un box appartenant à la soeur de Me Ferrari, ont expliqué des sources proches du dossier. Celle-ci avait été libérée à l'issue de sa garde à vue. Mais le bâtonnier d'Ajaccio est soupçonné d'en être le gérant de fait, affirme une de ces sources. Avaient notamment été retrouvés un pistolet automatique, des gilets pare-balles, une grenade, des armes longues, des armes de poing, des munitions, ainsi qu'une cagoule.

Dans ce box avaient aussi été relevés des éléments matériels, notamment des traces ADN, impliquant notamment dans ces attentats un homme en fuite, par ailleurs client de Me Ferrari, explique la source. Cet homme avait été condamné en 2008 à dix ans de réclusion criminelle pour des attentats commis en 2003 visant des policiers en Corse, une attaque qui avait alors été revendiquée par le FLNC-Union des combattants.

Un nationaliste assumé

Me Ferrari est un militant nationaliste assumé, proche du responsable politique nationaliste Jean-Guy Talamoni, son confrère bastiais. Il a également défendu une figure historique du FLNC en Haute-Corse, Charles Pieri. En garde à vue, il n'a rien dit, selon une source proche du dossier. Un autre avocat ajaccien, ancien bâtonnier, Me Philippe Gatti, avait également été interpellé dans cette affaire avant d'être relâché sans charges à son encontre.

Ces interpellations ont suscité la colère des avocats sur l'île, qui manifestent par dizaines depuis lundi devant la caserne de gendarmerie d'Aspretto, à Ajaccio. Elles interviennent plus de trois mois après l'annonce en juin par le Front de libération nationale de la Corse (FLNC), bras armé des indépendantistes, de la mise en oeuvre d'un "processus progressif de démilitarisation".

L'antiterrorisme remis en question

Pour les organisations nationalistes corses, ces arrestations visent à faire échouer le processus politique engagé. La Ligue des droits de l'Homme (LDH) a dénoncé des "pratiques de l'antiterrorisme qui visent à impressionner les citoyens".

Jé. M. avec AFP