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Alzheimer: "1.2 million de personnes en France à l’horizon 2020"

Une patiente atteinte d'Alzheimer dans l'est de la France en mars 2011.

Une patiente atteinte d'Alzheimer dans l'est de la France en mars 2011. - Sébastien Bozon - AFP

A l'occasion de la journée mondiale Alzheimer 2014, BFMTV.com a interrogé le professeur Bruno Dubois, directeur de l'Institut de la Mémoire et de la maladie d'Alzheimer, qui dirige une étude d'ampleur inédite sur cette pathologie.

La maladie d'Alzheimer touche de plus en plus de gens avec le vieillissement de la population. Si aucun traitement ne permet de guérir où même stopper cette maladie, de nombreuses recherches sont en cours. En France, le Professeur Dubois lance une étude sur 400 personnes pour mieux cerner le déclenchement de cette pathologie. BFMTV.com l'a interrogé.

Combien dénombre-t-on de personnes atteintes d’Alzheimer en France ? 

On n’a qu’une estimation: autour de 860.000 personnes dont la moitié a été diagnostiquée. Pour les autres, ils n’ont pas de prise en charge particulière. Le retard au diagnostic tient à trois facteurs: la conscience très relative qu’ont les patients de leurs difficultés, la mobilisation des proches –qui est plus faible si les patients sont très âgés, et la réaction des médecins généralistes, qui ne voient pas toujours l’intérêt de poser un diagnostic pour une maladie sans traitement. Ce nombre est amené à augmenter avec le vieillissement de la population. On parle d’1.2 million de personnes en France à l’horizon 2020. 

Y-a-t-il des signaux précurseurs avant les symptômes ? 

Des lésions de la maladie interviennent dans le cerveau plusieurs années avant le début des symptômes. Cela signifie que le potentiel de la maladie est là. Mais on n’a pas les moyens de repérer ces lésions chez tout le monde. Cela ne peut se faire que dans le cadre de protocoles de recherche extrêmement coûteux. 

Avoir des lésions signifie-t-il avoir la maladie un jour?

On ne sait pas. On postule qu’avoir les lésions de la maladie est un facteur nécessaire, mais pas suffisant. Il faut savoir que 25% de la population de plus de 70 ans a des lésions. Quant aux mécanismes qui sont à l’origine de ces lésions, on ne le connaît pas. 

Quels sont les premiers symptômes? 

On connaît le siège de ces lésions: l’hippocampe (circonvolution du lobe temporal du cerveau, ndlr). C’est lui qui conditionne la capacité à mettre en mémoire. Donc les premiers signes sont une difficulté à mettre en mémoire de nouveaux souvenirs. Attention, il faut bien distinguer ce trouble du manque de mémoire dans la vie quotidienne. On ne parle pas de ne pas savoir où on a mis les clés, ou ses lunettes, qui sont des gestes automatiques que l’on ne met pas en mémoire. On parle de l’oubli d’une information importante qui a eu lieu les jours précédents.

En quoi consiste l’étude Insight

On est dans la science-fiction, dans un projet de recherche afin d’anticiper des situations cliniques qui auront lieu dans 10 ou 15 ans. Nous allons travailler avec 400 volontaires, ce qui est énorme. Ce sont des gens sains de plus de 70 ans en parfaite santé et qui n’ont pas de troubles cognitifs ou mnésiques.

Nous allons les voir tous les six mois et commencer par un test amyloïde pour voir si justement ils n’ont pas de lésions au cerveau, sans leur en dévoiler le résultat. Puis nous allons suivre les deux sous-groupes –avec et sans lésions- afin de voir si des marqueurs pourraient indiquer des différences entre eux. Nous allons aussi regarder, à l’aide de l’imagerie médicale, si ceux qui sont positifs tombent malades et si tel est le cas, nous regarderons si des changements avaient eu lieu entre-temps.
Propos recueillis par Aurélie Delmas