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Albums Panini: "J’ai mal collé l’Uruguay, ça me fera souffrir toute ma vie"

Quelques vignettes Panini de la Coupe du monde 2018.

Quelques vignettes Panini de la Coupe du monde 2018. - MARCO BERTORELLO / AFP

Alors que la Coupe du monde approche, les collectionneurs d’images Panini touchent au but. Si tout va bien, leur album sera bientôt complet. Loin de ne concerner que les enfants, le phénomène touche aussi de très nombreux adultes.

Si l’Italie ne sera pas présente à la Coupe du monde en Russie, un petit bout du pays accompagnera quand même des millions de fans à travers la planète. Vendues dans plus de 100 pays dans le monde, les fameuses vignettes Panini, inventées en 1961, n’en finissent plus d’attirer les collectionneurs. D'autant que la pratique n'est plus réservée aux plus jeunes. "Sur la Coupe du monde, nous avons autant d’adultes que d’enfants", assure même à RFI Stéphanie Parise, chef de produit de la filiale France.

Certains ne vivent que dans le but d’arriver au bout des 682 stickers (à 0,90 centimes la pochette de cinq). D’autres n’ont jamais raté une seule édition d’une Coupe du monde. Plusieurs y voient un moyen de transmettre quelque chose à leur progéniture. Mais tous prouvent qu’on peut être adulte et s’adonner à une passion d’enfant.

Yannick, 36 ans, gestionnaire communication à la Sécurité sociale: "Papa, j’ai eu Varane!"

"Les albums Panini, c’est toute mon enfance. Mes parents m’achetaient les images, mais j’ai lâché, j’avais moins l’envie. En achetant So Foot il y a quelques mois, l’album du Mondial était offert avec le magazine. Ma fille de 6 ans est tombée dessus. Elle avait déjà fait l’album Vaiana, donc elle connaissait l’idée, même s’il a fallu lui expliquer le principe des pays, parce qu’elle m’a demandé pourquoi il n’y avait pas l’OM…

Je ne voulais pas être le stéréotype du père qui oblige ses enfants à suivre le foot. Mais elle a accroché, et maintenant je me retrouve quasiment tous les jours à acheter des stickers. Le premier truc qui lui plait c’est le côté ludique. Coller, s’appliquer, faire une activité manuelle. Maintenant, elle a pris le virus: quand elle ouvre une pochette elle se demande si elle va avoir un joueur français. Il y a aussi le fait de s’intéresser à ce que fait papa. Je ne suis pas fier, mais je suis content, parce que c’est univers dans lequel je baigne depuis que je suis gamin, et que c’est mon père qui me l’avait fait découvrir. Récemment, elle a amené son album chez ses grands-parents. Elle m’a même appelé pour me dire 'papa, j’ai eu Varane!'.

Dès qu’elle m’a branché là-dessus, je n’ai pas hésité. On a beau faire ce qu’on veut, les enfants ils sont sur les téléphones, les ipad, la télé… Les 10 ou 15 euros par semaine je préfère les mettre là-dedans. Elle essaie de lire les villes, il y a un côté éducatif. Elle a un globe terrestre, et elle regarde où sont les pays, où sont les villes russes où il y aura des matchs…"

Maxime, Community manager, 33 ans: "Une notion de chambrage importante dans ce jeu"

"Cette année, on a plusieurs albums répartis sur plusieurs pôles de ma boite. On est à fond dedans. Cela permet de se chauffer, d’échanger, de faire des ouvertures de pochettes en direct devant le collègue qui n’a pas les images. Il y a toute une notion de 'chambrage' importante dans ce jeu. Il y a aussi un côté compétition qui est assez omniprésent, on veut finir notre album en premier. On est aussi des passionnés de foot, peut-être plus que des enfants de 10 ans qui ne connaissent pas forcément l’équipe de Croatie par cœur. Maintenant, on essaie de faire durer le suspense. Par exemple, quand on ouvre une pochette, l’un de nos collègues nous dit l’équipe, et on essaie de deviner quel joueur on a. J’ai même commandé sur internet une image sur laquelle j’ai ajouté la tronche d’un collègue pour le chambrer.

Dans le nôtre, il nous en manque 15. Chez les supermarchés, il y a une offre à 10 euros pour 13 paquets. Sinon, le matin sur le chemin du travail, je fais un petit détour et je vais m’acheter cinq pochettes. A la fin tu as une chance sur 650 d’avoir ta carte qui manque. Donc d’ici trois semaines, on ira commander les 10 ou 12 images qui nous manquent sur internet. Mais attention, le faire au début, c’est lâche. Maintenant, sur 10 images, si on en a qu’une seule qu’on n’a pas, on saute au plafond. Il y a 99% de pertes, mais ce n’est pas grave. On a un énorme tiroir rempli d’images".

Nicolas, 51 ans, éducateur: "Pour finir un album, j’en ai bien pour 200 euros, facilement"

"J’ai commencé à faire des albums Panini en 1974, pour la Coupe du monde en Allemagne. Je piquais dans le portefeuille de ma mère pour m’acheter les images. J’ai dû faire une pause pour 1994, mais sinon je n’ai jamais arrêté. Je ne fais que l’album de la Coupe du monde, c’est un moment fabuleux. Je regarde tous les matchs. Le Panini c’est un support. Quand on a des pays comme le Panama ou l’Iran, on ne connaît pas tous les joueurs. Donc, j’ouvre à la page de l’équipe que je ne connais pas et je regarde qui joue. D’ailleurs, je connais encore les Iraniens du Mondial 1978 grâce aux albums Panini, je connais tout par cœur, même les dates de naissance.

C’est un truc de gamin qui est resté. Je le fais avec des potes, avec mon frère, avec des jeunes. On échange sur internet. Avant c’était la cours de récréation. C’était un endroit d’échange, on avait nos paquets avec nos élastiques, c’était fabuleux. Mais je n’ai plus tous les albums. J’ai déménagé de chez moi à 18 ans, ma mère et mon beau-père ont jeté toutes mes affaires.

On ne me fait pas de remarque, mais peut-être parce que j’ai une tête qui fait peur (rires). Plus sérieusement, je ne connais personne qui serait dans le jugement et qui me dirait 'tu fais ton bébé, tu fais ton gamin'. C’est juste une passion. Certains collectionnent les bouchons de champagne, les timbres. Moi c’est Panini. Là il m’en manque 80. Pour finir un album, j’en ai bien pour 200 euros, facilement. C’est mon argent de poche, pas celui du foyer!".

Kader Boudaoud, journaliste sportif à France Télévision: "Je pourrais demander à Panini qu’ils m’envoient toutes les vignettes avec l’album, mais ça n’a aucun intérêt"

"Je suis tombé dedans tout petit. Je m’y suis remis après une discussion avec des potes pendant la Coupe du monde 2002, j’avais déjà 30 ans. On habitait tous le même quartier, le libraire du quartier est vite devenue la bourse d’échanges du coin. On a fini par complètement arrêter, mais on a repris parce qu’on a perdu un copain de la bande. Les albums sont un moyen de lui rendre un peu hommage. J’ai essayé d’y mettre mon fils de 9 ans, mais ça ne l’a intéressé que cinq minutes.

C’est quand tu commences à accumuler des doubles que tu cherches des solutions pour les échanger. Cette période où tu as beaucoup de contacts pour échanger, c’est presque jouissif. Moi je suis en contact avec cinq inconnus en dehors mon groupe d’amis. Parfois, des jeunes hallucinent quand je leur propose des échanges. Mais les adultes ne se disent pas 'tiens le mec de la télé est dedans aussi'.

Par rapport à mon métier, c’est peut-être aussi un des rares moments où je suis un fan comme tout le monde. Peut-être que ça renvoie à ce côté simple du supporter qui attend la Coupe du monde, étant donné que moi je la vie différemment. Je pourrais demander à Panini qu’ils m’envoient toutes les vignettes avec l’album, mais ça n’a aucun intérêt. Même s’il m’en manque à la fin, je ne les appellerai pas, je ferai comme tout le monde, j’en achèterai sur le site. Est-ce que je fais signer mes albums par les joueurs? Non. Je n’ai demandé des autographes qu’à deux personnes dans ma vie: Socrates et Aimé Jacquet. Cet album, c’est vraiment un petit plaisir personnel".

Philippe, 31 ans, gérant d’entreprise: "J’ai mal collé une vignette de l’Uruguay, ça me fera souffrir toute ma vie"

"Je m’y suis remis il y a une dizaine d’années, pour les grandes compétitions. Tous les deux ans, je m’offre l’album et quelques vignettes. C’est revenu après être tombé sur un album de 1998, accessoirement signé par l’équipe de Bulgarie. Un souvenir d’enfance est remonté. Je le fais sous la forme d'un rituel: une fois par semaine, je me prends un soir où je me pose sur ma petite table à coller une dizaine de paquets. Je fais ça seul et je ne sais pas si je le ferais devant une conjointe.

Avant, j’offrais un album à mon père on espérant qu’il s’y mette, mais il ne s’y est jamais mis. Cette année, j’ai offert l’album à mon meilleur ami. Le but c’est qu’il s’y mette et qu’on puisse échanger s’il a des doubles. Par contre, je l’ai vu coller, il a fait ça comme un sagouin. Moi, j’ai mal collé la vignette de l’Uruguay, ça me fera souffrir toute ma vie.

J’habite près d’un kiosque où on peut trouver des trucs anarchistes, ce genre de choses. Quand je lui ai demandé des vignettes il m’a ri au nez en me disant 'je ne fais pas ça ici'. Mais sinon les gens comprennent, parce que c’est une madeleine de Proust. Je me fixe un budget en fonction de mes ressources, donc je ne dépense que 50 euros maximum pour un album. Mais le but ce n’est pas de le finir, même si ça fait mal quand on a des doublons. Pour les éviter, je multiplie les points de vente, parce que j’ai l’impression que c’est quand même imprimé par série."

Antoine, 32 ans, musicien et professeur de trombone: "Je m’en sers un peu comme des bons points avec mes élèves"

"Je ne sais pas si c’est très bien ce que j’ai fait, mais certains de mes élèves, je les ai un peu incités à acheter un album, parce que je leur ai offert des vignettes. Je m’en suis servi un peu comme des bons points. Maintenant ils viennent en cours avec leurs vignettes et leurs albums et ils veulent tout de suite faire les échanges. Tout ça crée une petite cohésion. Je suis obligé de leur dire 'attendez calmez-vous, on fera ça à la fin du cours', même si moi ça me démange. Ce n’était pas l’objectif premier, mais c’est vrai que pour les échanges, c’était malin de les y mettre.

Ceux qui font les vignettes ont autour de 8 ans. Les ados ne le font pas trop. Les parents en sourient, ça ne les dérange pas du tout. Il n’y a pas de gêne à collectionner les Panini. A une époque, lire L’Equipe par exemple, c’était un peu mal vu. L’autre jour, j’étais dans un parc, je faisais des échanges avec un pote. Quelqu’un est passé avec sa nana est nous a regardés, je ne sais pas s’il se moquait de nous ou s’il nous jalousait. Le week-end dernier, j’accompagnais un élève à un concours, et j’avais mis mes doubles dans ma boite d’instrument. J’ai vu des gamins regardaient mes vignettes, ils pensaient sans doute que c’était à un gamin et pas à un prof."

Antoine Maes