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Affrontements à Dijon: qui sont les membres de la communauté tchétchène de France?

La majorité de la communauté est originaire de la ville de Grozny

La majorité de la communauté est originaire de la ville de Grozny - STR / AFP

Méconnue et parfois qualifiée d'hermétique, la communauté tchétchène est pourtant composée de 30.000 personnes rien que pour le territoire français.

"Les Tchétchènes ont tenu tête à la Russie, on ne va pas se laisser faire par des racailles." Le message de Chamil Albakov, responsable du service de presse de l’Assemblée des Tchétchènes d’Europe, interrogé par Le Figaro, est on ne peut plus clair et trouve un écho concret dans l'actualité de ces derniers jours.

Depuis maintenant près d'une semaine, la ville de Dijon, en Côte-d'Or, est en effet devenue le théâtre de violents affrontements entre membres de cette communauté caucasienne et jeunes du quartier des Grésilles, accusés d'avoir agressé un jeune Tchétchène début juin. 

Histoire tragique et mouvementée 

Afin de comprendre le fonctionnement de cette communauté, souvent considérée comme hermétique et discrète, et les raisons de son importante présence en France, il convient tout d'abord de se replonger dans l'histoire récente, mouvementée, et souvent tragique, de cette république constitutive de la fédération de Russie, dont la population est en majorité musulmane. 

"La communauté tchétchène est une communauté caucasienne, c’est un peuple qui vient de Russie du Sud. Ce sont ceux qui la plupart du temps ont fui les conflits que nous connaissons tous, qui se sont déroulés dans les années 1990, et qui sont arrivés en France", explique auprès de BFMTV Heda Inderbaeva, spécialiste de la Tchétchénie.

C'est en effet en 1994 qu'éclate la Première guerre de Tchétchénie, très vite suivie en 1999 par un second conflit qui dura quant à lui près de 10 ans, jusqu'en 2009. Déjà latente à l'époque de l'URSS, la volonté des séparatistes tchétchènes d'obtenir leur indépendance s'est faite de plus en plus forte avec la chute de l'Empire Soviétique, provoquant un violente répression de la part des Russes. 

Forte diaspora en France 

Ces deux conflits, qui ont fait au total près de 130.000 morts, ont également provoqué d'importants déplacements de population. Aujourd'hui, la Tchétchénie est menée d'une main de fer par Ramzan Kadyrov, personnage controversé fortement lié à Vladimir Poutine, dont les agissements ont souvent alerté plusieurs ONG

De fait, cette situation a poussé de nombreuses familles à fuir le pays. Entre 2008 et 2018, environ 171.000 personnes de nationalité russe, dont 80% de Tchétchènes, avaient déposé une demande de protection internationale au sein de l’Union européenne, souligne un rapport de l'OFPRA.

Aujourd'hui, cette communauté représente près de 150.000 personnes en Europe et près de 30.000 individus rien que pour la France. Sur le territoire national, les principaux bassins de population de cette importante diaspora se concentrent en Île-de-France, puis dans les régions de Strasbourg et de Nice. Elle est le plus souvent originaire de Grozny, la capitale de la Tchétchénie, elle-même peuplée d'un peu moins de 300.000 habitants. 

Sentiment d'abandon et exaspération

Historiquement, les Tchétchènes ont donc pour ambition une vie meilleure en Europe de l'Ouest. Ces derniers jours, face aux attaques de plusieurs personnalités politiques dont Christian Estrosi, de nombreux membres ont fait montre de leur indignation, et refusent toute stigmatisation. 

"J’ai eu l’écho de la communauté tchétchène qui est en France, elle est absolument révoltée. Je peux aussi assurer qu’il n’y aurait jamais autant de solidarité dans la communauté s’il y avait un fond de trafic de drogue, c’est impossible. Jamais la communauté ne se mobiliserait pour ce genre d’action. Tous les Tchétchènes tiennent à leur place en France et ne veulent pas de problèmes avec la communauté française", reprend de nouveau Heda Inderbaeva, toujours auprès de BFMTV. 

Pour cette dernière, les événements de ces derniers jours sont en partie liés à un sentiment d'abandon de la part des Tchétchènes, qui estiment "que la police n’a pas les moyens d’intervenir dans ce genre de quartiers où les gens sont agressés."

"Il y a un double enjeu. Il fait apprendre aux Tchétchènes que nous sommes en France, que ce n’est plus la Russie, que les choses peuvent être réglées administrativement et que la police et la justice font bien leur travail. Cela prend du temps mais il faut attendre. Ils sont aussi exaspérés que les dealers s’en sortent toujours sans problèmes et qu’ils reviennent dans des quartiers et commettent les mêmes agressions. Ils se sentent abandonnés, ils s’unissent, préviennent la police de ce genre de regroupements, malheureusement c’est comme ça. Ils se disent qu’ils ne sont pas assez soutenus", analyse-t-elle encore. 

Une communauté ébranlée

Ce sentiment fort de communauté accompagne les Tchétchènes, dans les bons, mais aussi dans les moments les plus sombres. Ainsi, lorsque le 12 mai 2018, Khamzat Azimov, un franco-russe d'origine tchétchène fait un mort et quatre blessés au nom de Daesh dans les rues de Paris, l'attaque est condamnée à l'unanimité.

"On est comme une famille. Si quelqu'un, un Tchétchène fait une bêtise, ça marque tout le monde. Aujourd'hui ce n'est pas un beau visage pour notre communauté", expliquait auprès de l'AFP, Ismaël, trésorier de l'association des Caucasiens de Strasbourg.

Pour Naourbek Chokuev, 51 ans, arrivé en France en 2002 pour fuir la guerre, "les Tchétchènes sont corrects et dans leur pratique religieuse, ils cherchent l'honneur et la vérité."

Pour autant, de plus en plus de jeunes tchétchènes semblent se tourner vers un Islam plus radical. Selon des chiffres avancés par Le Point en 2018, 10 % des Français se trouvant en zone de conflit irako-syrienne seraient d'origine tchétchène.

Hugo Septier