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Affaire Gabriel Matzneff: Vanessa Springora pointe du doigt l'"hypocrisie" d'une époque

Vanessa Springora, directrice des éditions Julliard, raconte dans un livre l'emprise que l'écrivain alors presque quinquagénaire, a exercé sur elle lorsqu'elle n'était âgée que de 14 ans.

Vanessa Springora, qui raconte dans un livre à paraître jeudi sa relation sous emprise, à 14 ans, avec l'écrivain Gabriel Matzneff, a dénoncé mercredi les "dysfonctionnements" des institutions et "l'hypocrisie de toute une époque".

"Je l'ai rencontré en 1986. On le connaissait. Il y a eu un dysfonctionnement de toutes les institutions: scolaire, policière, hospitalière... C'est ça qui est sidérant face à un militant de la cause pédophile qui a publié des textes en ce sens et qui s'en glorifie", dit-elle dans un entretien publié ce mercredi soir par Le Parisien.

Un goût autoproclamé pour les jeunes adolescents

"Ce n'était pourtant pas très difficile de savoir qui était Matzneff à l'époque", ajoute l'éditrice de 47 ans, évoquant les "citations terrifiantes" de son ouvrage "Les moins de seize ans".

Le goût autoproclamé de l'écrivain de 83 ans pour les mineures et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie avait jusqu'ici très peu fait ciller. La sortie du livre "Le Consentement" semble être en train de changer la donne.

Réagissant aux regrets exprimés par l'ancien animateur télé Bernard Pivot accusé de complaisance avec l'écrivain, Vanessa Springora se dit "étonnée" qu'il soit le seul à avoir fait cette démarche.

"Davantage que cette chasse à l'homme qui est en train de se mettre en place vis-à-vis de Matzneff, un vieux monsieur dans la misère qui n'est plus en mesure de nuire à qui que ce soit, pour moi, c'est l'hypocrisie de toute une époque qui doit être remise en question", insiste-t-elle. 

"Je reçois des témoignages qui me bouleversent"

"Je n'ai eu aucun signal d'aucun de ses éditeurs (...). En 2013, quand il a reçu le Renaudot, aucun journaliste littéraire, pas un seul, ne s'est interrogé sur le bien-fondé de cette récompense. La vie d'une adolescente anonyme n'est rien face au statut d'un écrivain".

Malgré sa décision d'écrire ce livre, elle assure ne pas avoir "du tout envie d'être la porte-parole de quoi que ce soit".

"Je reçois des témoignages qui me bouleversent. Je me dis que j'aurais peut-être dû écrire plus tôt, ça me culpabilise un peu, je ne sais combien d'années il a été actif, on m'a raconté des histoires terribles entre-temps, bien pires que la mienne, mais je ne peux pas en être le porte-parole", explique-t-elle. "Si d'autres personnes plus jeunes ont envie d'aller en justice qu'elles le fassent, ou témoignent, réparent chacune ou chacun à sa manière un traumatisme de jeunesse. Ce livre, c'est déjà une trace et une empreinte. Il va faire réfléchir. Les éditeurs, les auteurs, les médias, tout le monde", ajoute l'éditrice, qui s'est "interdit de regarder ce qui se passait sur les réseaux sociaux" autour de cette affaire. "C'est trop violent".
Jeanne Bulant avec AFP