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Addiction, troubles psychiatriques: des spécialistes s'inquiètent d'un cannabis de plus en plus fort

Selon une note des services de lutte contre les trafics de stupéfiants, la concentration en THC de la résine de cannabis est passée de 11% à 26,5% ans huit ans. Certains spécialistes alertent sur un risque accru d'addiction.

En huit ans, la teneur en THC de la résine de cannabis, c'est-à-dire la molécule active de la plante, a plus que doublé. Cette substance psychoactive est passée de 11% en 2010 à 26,5% en 2018, selon une note des services de lutte contre les trafics de stupéfiants relayée par Le Parisien.

"Des paliers sont franchis régulièrement, indique une source du ministère de l'Intérieur au quotidien. Dans les années 90, le taux était inférieur à 10%. L’introduction de variétés hybrides de plantes a fait croître la THC au début des années 2000. Et depuis quelques années, avec l’expansion d’une dernière souche, la Khardala, le taux dépasse 20%." 

Mais concrètement, quels sont les effets de ce nouveau dosage plus important?

"Effets planants exacerbés"

"Plus c’est dosé, plus c’est risqué", assène Laurent Karila, psychiatre et addictologue à l’hôpital Paul Brousse, interrogé par BFMTV.com.

"La forte teneur en THC accroche plus facilement celui qui fume un joint, avec des effets planants exacerbés. Elle génère plus rapidement l’addiction", développe-t-il.

Mais pour Patrick Favrel, membre de SOS Addictions, cette affirmation est à nuancer. "Dire qu’une plus forte teneur en THC favorise l’addiction est un raccourci. Cela peut effectivement être le cas pour les 20% de consommateurs de cannabis que l’on considère comme ‘problématiques’ mais pour les 80% restants, cette concentration n’a pas d’impact sur leur rapport à la résine", commente-t-il auprès de BFMTV.com.

Par ailleurs, "la concentration plus forte en THC n’est pas un problème lorsque les usagers savent modérer leur consommation. Par exemple, si plusieurs personnes fument un même joint, pour certains il sera trop fort, pour d’autres pas assez. La teneur en THC implique le même raisonnement: si c’est plus fort, il faut savoir limiter sa consommation", expose le spécialiste dans la réduction des risques.

Risques de troubles psychiatriques

Pour le consommateur occasionnel, la forte teneur en THC entraîne un risque "immédiat", souligne le psychiatre Laurent Karila. "La conséquence d’un joint plus fort est un état délirant plus prégnant et parfois des risques cardiaques ou d’attaque de panique", explique-t-il. En revanche, pour la minorité des consommateurs dits "problématiques", Patrick Favrel reconnaît que la forte teneur en THC favorise l’apparition de troubles psychiatriques "qui étaient sous-jacents comme la schizophrénie, la paranoïa, la dépression". 

"La forte consommation de cannabis peut jouer comme un catalyseur, de la même manière que l’alcool. Ce sont des substances addictives qui sont néfastes quand elles sont consommées sur un mal-être préexistant", rapporte-t-il au sujet de la substance la plus consommée en France, loin devant la cocaïne, selon l’observatoire français des drogues et des toxicomanies.

Dans son rapport paru en 2019, l’observatoire note les risques liés à la consommation régulière du cannabis mais rappelle toutefois que seuls "quelques cas d’intoxication aiguë au cannabis ont été rapportés [dans la période récente]". Depuis 2013, une trentaine de décès par an impliquant le cannabis (souvent en association avec d’autres produits) sont recensés par le registre des Décès en relation avec l’abus de médicaments (DRAMES), conclut le rapport.

Ambre Lepoivre