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"Une main géante qui vous extrait de la gravité": Philippe Perrin raconte son décollage vers l'espace

Le spationaute Philippe Perrin évoque son aventure spatiale

Le spationaute Philippe Perrin évoque son aventure spatiale - Capture d'écran BFMTV

Philippe Perrin est le neuvième Français à être parti pour l'espace, en 2002. A l'occasion du départ du dixième spationaute tricolore, Thomas Pesquet, pour la station spatiale internationale, il évoque son aventure spatiale en trois questions.

Comment avez-vous rencontré Thomas Pesquet, dixième Français à partir pour l'espace?

"J'étais à l'époque au CNES (Centre national d'études spatiales, Ndlr) et je vois arriver à la machine à café un jeune ingénieur, bien dans ses baskets, beau gosse, qui roulait les mécaniques. Il me dit 'C'est vous l'astronaute? Je voudrais vous parler car en fait j'aimerais faire la même chose que vous'. Je prends toujours ces questions très au sérieux donc je lui ai dit ce qu'il fallait faire. Je lui ai dit 'Ecoute Thomas, c'est bien tu es ingénieur, tu connais les satellites mais, ce qui te manque, c'est un petit peu d'opération. Il faudrait que tu voles, que tu plonges ou que tu fasses de la voltige'. Et puis le temps a passé, quelques années plus tard j'ai vu Thomas revenir, il était parti chez Air France où il avait fait 2.500 heures de vol, il était devenu instructeur d'Airbus A320 et il avait été sélectionné comme astronaute".

Comment est-ce qu'on vit les derniers moments d'attente avant le départ pour l'espace?

"Je crois que Thomas l'a bien résumé en fait, on n'y croit pas. En fait, on sent qu'on est parti pour ce voyage uniquement au moment où on reçoit le coup de pied aux fesses, celui qui vous propulse en orbite autour de la Terre. C'est une épreuve psychologique. Des millions d'années d'évolution sur Terre ne préparent en rien un homme à quitter la planète, partir vers le haut et sentir cette accélération. C'est absolument incroyable, ce n'est pas comme un facteur de charge qu'on prend dans une centrifugeuse ou dans un avion, on le prend dans une direction donnée et on a le sentiment d'être extrait, comme si une espèce de main géante venait vous prendre pour vous extraire de la gravité terrestre. On se sent à l'avant d'une locomotive géante, propulsée donc vers l'orbite et c'est un sentiment auquel, je pense, rien ne prépare, aucun simulateur. Thomas devrait être dans la découverte à ce moment-là".

Comment se passe la vie à bord de l'ISS?

"Il faut tout d'abord trouver un petit coin à soi, parce que la difficulté va être de vivre avec d'autres personnes et d'avoir un peu d'intimité. Chacun a un endroit pour dormir et puis ce qui est important c'est la convivialité, c'est de vivre ensemble et les Russes sont très forts pour ça. La partie vie est en fait l'arrière de la station qui est aussi la partie de contrôle et la partie où on fait également de l'exercice".

Astrid Landon avec Gilane Barret et Céline Pitelet