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Stress, frustration... Des scientifiques veulent étudier les effets du confinement sur notre santé mentale

Plus de 3 milliards de personnes à travers le monde vivent une situation inédite: le confinement. Pour ralentir la propagation du coronavirus, de nombreux pays ont appelé leur population à se murer chez elle. Mais à quel prix? Des chercheurs se penchent sur les effets que cet isolement peut avoir sur notre santé mentale.

Ennui, manque des proches, perte de liberté… L’appel à se murer chez soi pour ralentir la propagation du nouveau coronavirus est un moment difficile à supporter, pouvant avoir des effets négatifs sur le moral. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le confinement est l’une "des conséquences très importantes” de l’épidémie de Covid-19 car il affecte “ce que nous aimons faire, où nous voulons être, et avec qui nous voulons être". 

Cet isolement forcé peut occasionner un stress post-traumatique ainsi que des sentiments de frustration, de confusion et de colère, d’après une étude parue dans The Lancet. La durée du confinement, les conditions de logement, la perte de revenus, l’absence d’information, ou encore l’ennui accroissent ces sensations générées par une situation inédite, tant par sa forme que par son ampleur - plus de 3 milliards de personnes dans le monde étant appelées à rester chez elles

"Personne ne connaît ce que l'on est en train de vivre"

"Personne ne connaît ce que l’on est en train de vivre. Cela concerne des gens non entraînés, qui n’ont pas été avertis clairement. On les a d’ailleurs vus réagir très animalement, en faisant des réserves alimentaires, en s’enfuyant de Paris..." observe dans les colonnes du Figaro Christian Clot, patron du Human Adaptation Institute, un groupement de recherche privé qui explore l’adaptation humaine aux changements.

Afin d’analyser la manière dont réagit la population française, Anne Giersch, directrice du laboratoire Neuropsychologie cognitive et physiopathologie de la schizophrénie, vient de lancer une enquête auprès d’une centaine de personnes. Dès les premiers jours du confinement - mesure annoncée le 16 mars et entrée en vigueur le lendemain - les participants ont dû répondre à des questionnaires portant sur leur santé, leur infection éventuelle par le virus, leur inquiétude face au risque de contamination, les conditions de leur confinement, leur humeur, leurs émotions... 

Angoisses, dépression, hallucinations

"Il y a notamment des questions relatives aux angoisses, à la dépression, aux violences ou encore aux symptômes psychotiques", précise l’Inserm qui relaie le déroulé de cette enquête.

Car selon Anne Giersch, "l’isolement peut participer à l’émergence d’hallucinations ou d’expériences de sortie du corps, une sensation de flotter en dehors de son corps" chez les personnes sujettes à des troubles psychotiques. 

Le panel doit également écrire quotidiennement une dizaine de lignes pour raconter leurs activités de la journée, leurs pensées... "Il s’agit de narration que nous interpréterons de façon qualitative mais aussi quantitative. Nous pouvons analyser les termes employés, le ton du récit et si ces paramètres évoluent au fil du temps", détaille Anne Giersch. Une dernière salve de questions leur sera envoyée à l’issue du confinement afin de suivre l’évolution de leurs réponses. 

De la solidarité pour alléger les souffrances

De son côté, Christian Clot appelle à ne pas oublier "les plus fragiles, pour qui le confinement est terrifiant (migrants, drogués, gens en détresse profonde, femmes battues, etc.). Il faut les identifier et les aider". 

Avec le Human Adaptation Institute, il a également lancé une enquête visant à rechercher "des marqueurs psychologiques et cognitifs qui pourraient être indicateurs de risque" pour les confinés. Le Centre ressource de réhabilitation psychosociale du Vinatier, à Lyon, a également lancé une autre enquête anonyme, à laquelle il est possible de répondre en ligne.

Christian Clot compte lui rendre ses résultats publics chaque semaines. "Les autorités en feront ce qu’elles voudront, mais au moins l’information sera disponible", précise-t-il au Figaro. Une position que partage Anne Giersch qui semble que convaincue que "cela pourrait aider les pouvoirs publics dans leurs décisions concernant la durée et les conditions de confinement". 

Ambre Lepoivre