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Solaire: des professionnels toujours en manque de visibilité

Un champ de panneaux solaires dans le Nevada, aux Etats-Unis

Un champ de panneaux solaires dans le Nevada, aux Etats-Unis - -

La 6e édition des Journées Européennes du Solaire se tiennent en France jusqu'au 18 mai. Plus de 600 initiatives locales sont prévues. L'occasion de révéler les atouts de l'énergie solaire. Et de se poser des questions sur son avenir.

"Les Français sont favorables au développement des énergies renouvelables mais ils ne passent pas encore nécessairement le cap." Ce constat simple de Richard Loyen, délégué général d'Enerplan, syndicat des professionnels de l'énergie solaire, est révélateur de la nécessité de cette 6e édition des Journées Européennes du Solaire pour faire, encore et toujours, de la pédagogie. Cette année, cap sur la jeunesse.

Plus de 300 écoles se sont ainsi impliquées dans l'action Écoles Solaires, soit 10 fois plus que l'an dernier. Et pour convertir les plus jeunes, des ateliers pédagogiques et ludiques sont au programme: faire cuire un œuf dans un four solaire ou encore construire un écoquartier. Un avant-goût de la transition énergétique qui attend nos enfants et nos petits-enfants.

Pas de "rustines"

En France, malgré le débat en cours sur la transition énergétique, le fossé existe encore entre le discours ambiant et la réalité.

Pour les experts, le marché solaire mondial pourrait être multiplié par dix et atteindre plus de 277 GW d'ici à 2020. "Le secteur va se banaliser" pour Richard Loyen. Les détracteurs disent que l'énergie solaire est encore trop chère. Et pourtant, la parité réseau pourrait être une réalité dans à peine 2 ans dans le sud de la France. Avec de nouveaux modèles économiques qui vont se mettre en place.

Dans ce contexte, les professionnels attendent toujours de la visibilité. Après le coup dur du moratoire, ils restent encore dans l'attente. Des mesures d'urgence ont été annoncées en début d'année par Delphine Batho. "Mais ce ne sont pas les rustines mises sur l'ancien système qui vont décider du nouveau", estime encore Richard Loyen.

Le gouvernement brandit l'étendard "Made in Europe"

En France, l'arrêté du 7 janvier 2013, modifiant celui du 4 mars 2011, stipule que les modules solaires PV certifiés "Made In Europe" par un organisme certificateur européen pourront permettre aux maîtres d’ouvrage de bénéficier d’une majoration de 5 à 10% sur le prix de vente final de l’électricité.

Bruxelles aussi monte au créneau. L’Europe s'apprête à entrer en guerre commerciale avec la Chine. La Commission a proposé aux 27 États membres de l'Union de taxer lourdement, à hauteur de 47 %, les importations de panneaux solaires chinois. Les États devront se prononcer sur cette proposition d'ici au 5 juin.

Le protectionnisme n'est peut-être pas la solution absolue pour Richard Loyen. Après tout, la Chine est le champion du silicium de base. "La valeur ne sera pas que dans la production du module". Et la force française est sûrement bien là. Il y a un savoir-faire et des industriels férus. De là à créer une vraie filière du solaire...un pas reste encore à franchir. Et Enerplan constate que l'éco-système ne se met pas encore en place. Il manque le coup de pouce. Pourquoi pas des lignes de crédit au niveau de la banque centrale européenne? Et une coopération avec l'Allemagne ? L'idée a germé en début d'année. Un office dédié a même vu le jour. "Nous affrontons des défis similaires" expliquait en février Delphine Batho ministre de l'écologie. Mais pour Richard Loyen, les politiques énergétiques des deux pays sont loin de converger.

L'Allemagne installe 5 à 6 GW de solaire par an quand la France atteint à peine les 4 GW depuis 2007. Le décentralisation de l'énergie sera la clé. Les collectivités locales affichent déjà leurs motivations. Mais un changement de culture s'impose. Après tout, à l'horizon 2020, aucun bâtiment ne pourra voir le jour sans des panneaux solaires.

Nathalie Croisé (BFM Business)