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Rosetta et Philae, une étape importante de l'exploration spatiale

Avant de tenter de s'accrocher à sa comète, le robot Philae va effectuer une descente de sept heures à une vitesse comprise entre 3 et 4 kilomètres par heure.

Avant de tenter de s'accrocher à sa comète, le robot Philae va effectuer une descente de sept heures à une vitesse comprise entre 3 et 4 kilomètres par heure. - ESA - ATG Medialab - AFP

Si tout se passe comme prévu le robot Philae devrait se poser mercredi sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko. En quoi cet événement est-il si important dans la longue histoire de l'exploration spatiale?

La chasse à la comète, commencée il y a dix ans, va atteindre son point d'orgue, mercredi après-midi, avec l'ancrage sur la comète Tchourioumov-Guérassimenko du petit robot atterrisseur Philae, à quelque 500 millions de kilomètres de la Terre. Le "go" pour cette manœuvre à haut risque a été donné dès mardi soir et les scientifiques sont aux aguets. Ils veulent savoir si l'exploit va advenir ou si Philae va simplement rebondir sur la comète et se perdre à jamais dans l'espace, sans avoir pu percer les mystères de son hôte. Mais cet exploit inédit fera-t-il date dans l'histoire de l'exploration spatiale?

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20 ans de traque à la comète, mais un budget modeste

La mission Rosetta confiée à l'Agence spatiale européenne (ESA) aura coûté 1,3 milliard d'euros en 20 ans et mobilisé plus de 2.000 personnes dans 14 pays européens. Si la somme paraît importante, elle n'est cependant rien comparé à d'autres missions. Ainsi le programme américain Apollo (1961 - 1975), qui a permis d'envoyer l'homme sur la Lune, a coûté plus de 135 milliards de dollars (valeur de 2005) et mobilisé 400.000 personnes.

Ce n'est donc ni sur les moyens mobilisés pour cette mission, ni sur sa portée symbolique, puisqu'elle ne peut rivaliser avec des missions habitées, qu'il faut chercher l'importance de Rosetta. Un voyage habité vers Mars aurait à l'évidence un autre retentissement que l'envoi d'un robot.

Un exploit technique

Mais Rosetta a quelques arguments à faire valoir. Parvenir à faire s'agripper un robot sur une comète filant à 55 kilomètres par seconde après une course poursuite de 10 ans et un parcours de 6 milliards de kilomètres, constitue en soi un exploit de l'ingénierie spatiale. "C'est la première fois qu'on suit la trajectoire d'une comète et c'est aussi la première fois qu'on va se poser dessus", rappelle Nicolas Biver, chercheur du CNRS à l'Observatoire de Paris. Le challenge est donc double, mais c'est bien avec le largage de Philae que les concepteurs de la mission Rosetta jouent leur va-tout.

"Jusqu'à présent (jusqu'au largage du robot Philae, ndlr), ça dépend de nous, c'est la technologie qui doit suivre et on doit faire confiance aux ingénieurs de l'Agence spatiale européenne. Mais ensuite, l'atterrissage sur la comète reste la grande inconnue. C'est un moment délicat, car on ne sait pas si la comète va s'enfoncer, si le sol va être dur, et elle risque de basculer. On a choisi le site le plus favorable, mais on ne sait pas sur quoi on atterrit, il existe une part de chance. Le terrain est à 80% favorable, mais 20% restent trop en pente. Tout ce qu'on sait c'est qu'on va de surprise en surprise."

Une découverte majeure sur les origines de la Terre

Mais l'importance de la mission Rosetta est surtout de retourner aux origines de la vie sur Terre, ou du moins des "premières briques" de molécules dont on pense qu'elles ont favorisé son avènement. L'astrophysicien Sylvestre Maurice fait preuve d'un enthousiasme communicatif quant à l'intérêt scientifique de la mission.

"Rosetta, c'est lever le voile, comme Champollion l'avait fait avec l'écriture égyptienne et la pierre de Rosette, sur nos origines, l'origine de l'Homme dans le système solaire. On sait qu'il y a de l'eau sur la comète, qui en est composée à 80%. Il s'agit d'eau lourde, qui n'est pas la même que celle que vous allez boire. L'hydrogène est ici remplacé par du deutérium. Cette particularité va nous permettre de dire d'où vient cette comète et en particulier si l'eau qu'elle contient est la même que celle des océans." 

Si on comprend l'idée générale, l'atterrissage de Philae va permettre d'aller encore plus loin.

"Les comètes portent en elles des molécules chimiques extrêmement intéressantes qui sont à base de carbone, et dont on n'exclut pas qu'elles ont, en arrivant sur Terre, contribué à donner la vie."

Une vie terrestre d'origine extraterrestre dont les éléments fondateurs ont été apportés par les comètes? L'hypothèse ne manque pas d'attrait. Même si Philae ne survit pas à son atterrissage "l'essentiel de la mission Rosetta a déjà été accompli", rappelle Nicolas Biver, assurant que nous n'avons pour l'instant vu "que la partie émergée de l'iceberg".