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Océan Atlantique: des chercheurs alertent sur un ralentissement des courants marins inédit depuis mille ans

Vue satellite de la côte est des Etats-Unis et de l'océan Atlantique

Vue satellite de la côte est des Etats-Unis et de l'océan Atlantique - HANDOUT / RAMMB/NOAA/NESDIS / AFP

Le système de réchauffement et de refroidissement des courants marins dans l'Atlantique, sous-tendant le Gulf Stream, ralentit selon les scientifiques, ce qui pourrait avoir des conséquences sur le climat.

Dans une étude publiée le 25 février dans la revue Nature, des chercheurs irlandais, anglais et allemands se sont intéressés à l'évolution de la circulation du Gulf Stream, ce courant atlantique chaud partant du golfe du Mexique et allant jusqu'à l'Islande, qui joue sur le climat européen. Leur étude porte sur la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC), le système de courants océaniques brassant les eaux atlantiques.

Réunissant différentes données sur son fonctionnement, les chercheurs en arrivent à la conclusion qu'après "une période longue et relativement stable, il y a eu un premier affaiblissement [des courants] à partir du XIXe siècle, suivi d'un second déclin, plus rapide, au milieu du XXe siècle, conduisant au plus faible état de l'AMOC", depuis mille ans selon eux.

Qu'est ce que l'AMOC?

La circulation méridienne de retournement (MOC) est systématiquement comparée au fonctionnement d'un tapis roulant géant. Il s'agit d'une boucle traversant les eaux mondiales, alternant eaux chaudes et eaux froides. Les chercheurs se sont intéressés dans l'étude à la zone Atlantique de ce phénomène.

Dans ce système, "lorsque l'eau chaude coule vers le Nord, elle se refroidit et une certaine évaporation se produit, ce qui augmente sa quantité en sel", explique le Met Office, service national britannique de météorologie. "Une température basse et une teneur élevée en sel rendent l'eau plus dense, et cette eau dense s'enfonce profondément dans l'océan". Plus froide, elle se répand de nouveau vers le Sud, avant d'être ramenée à la surface et de se réchauffer.
Cette circulation "redistribue la chaleur entre les zones polaires et équatoriales, avec une forte influence sur le climat mondial", explique l'Ifremer. "C’est elle qui explique par exemple pourquoi notre climat ouest-européen est en moyenne 5°C plus chaud qu’en Amérique de l’Est, à latitude égale."

Pourquoi ce courant se modifie-t-il?

Selon les auteurs de l'étude, "il y a des preuves que l'AMOC ralentisse en raison du réchauffement climatique causé par l'Homme". La fonte des glaces de l'Arctique par exemple, déverse de grandes quantités d'eaux froides et douces au sud du Groenland, perturbant les courants existants.

"Nous ne connaissons pas encore toutes les causes [de ce ralentissement] avec certitude", relativise auprès du quotidien Le Monde Didier Swingedouw, chercheur au CNRS, qui n’a pas participé à cette étude. "Il existe cette hypothèse du changement climatique, mais des cycles naturels pourraient également entrer en jeu", continue-t-il.

Il rappelle que les études sur ce courant océanique sont très récentes et que ses mécanismes et son incidence méritent des recherches supplémentaires. Les premières mesures continues de ce courant ont commencé en 2004. Dans l'étude de Nature, les chercheurs ont dû étudier d'autres sources, comme des sédiments marins, pour trouver des traces des circulations anciennes de l'AMOC.

Quelles conséquences?

L'océanographe et climatologue Stefan Rahmstorf, co-auteur de l'étude, explique au Guardian que les ralentissements du courant ces dernières décennies peuvent déjà s'observer, et que "dans 20 à 30 ans, il est susceptible de s'affaiblir davantage, et cela influencera inévitablement notre climat, nous verrions une augmentation des tempêtes et des vagues de chaleur en Europe, et le niveau de la mer augmentera sur la côte est des États-Unis", explique-t-il.

Mais ces déclarations restent pour le moment au stade d'hypothèse, car le rapport entre ces courants et le climat reste mal connu. "Les mesures ont montré que l'AMOC varie d'une année à l'autre, et il est probable que ces variations aient un impact sur la météo au Royaume-Uni. Cependant, il est trop tôt pour dire avec certitude s'il existe des tendances à long terme", explique le Met Office.

"Nous ne savons pas tout ce qui se passera lorsque le système du Gulf Stream s’affaiblira davantage", déclarent également au Monde les chercheurs ayant participé à l’étude. Et c’est en partie ce qui rend ce phénomène si dangereux."
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV