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Nucléaire : l’enfouissement des déchets fait débat

Pour les responsables de l'agence chargée de l'enfouissement, il n'y a aucun risque sur plusieurs dizaines de milliers d'années.

Pour les responsables de l'agence chargée de l'enfouissement, il n'y a aucun risque sur plusieurs dizaines de milliers d'années. - -

L’Andra, l’agence de déchets nucléaires, lance un débat public pour savoir que faire de ses déchets toxiques. Une seule piste, pour le moment, est explorée : l’enfouissement. Un premier site va être construit, il rapportera beaucoup d’argent à la région, mais les riverains s’inquiètent : sont-ils prêts à habiter au-dessus d’une décharge nucléaire ?

Les défenseurs du nucléaire le répètent en boucle : l’énergie atomique est une énergie propre car elle ne produit pas de gaz à effets de serre. Mais quid des déchets radioactifs, qui peuvent rester dangereux pendant des dizaines de milliers d’année ? L'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets), l’établissement public chargé de ces déchets, lance un débat public mais pour le moment, une seule hypothèse, déjà bien avancée, est envisagée : le stockage géologique.

Les premiers déchets enfouis en 2025

Face au manque de sûreté de l'entreposage en surface (aujourd'hui utilisé mais sensible aux attaques extérieures, notamment aériennes), la France a inscrit dans la loi le choix du stockage en sous-sol, c’est-à-dire enfouir à 500 mètres sous terre, dans l'argile de l'Est de la France, les déchets les plus dangereux.
Un immense laboratoire a déjà vu le jour à Bure dans la Meuse où des galeries, sur 15 km², servent de terrain d’expérimentation. A l’issue du débat, un nouveau site, Cigéo, devraient ouvrir à proximité pour accueillir les rejets nucléaires des centrales françaises pour les 100 prochaines années. Le début des travaux devrait commencer en 2019 pour une livraison en 2025. Ce débat public est donc l'occasion de présenter le projet, et pour la population de poser ses questions. Dans une première évaluation en 2003, l'Andra estimait à quelque 15,9 milliards d'euros au minimum le coût de Cigéo, mais en 2009, l'Andra a réévalué le coût du projet à 35,9 milliards d'euros. Ce sont les producteurs de déchets qui financent, à hauteur de 78% pour EDF, 17% pour le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et 5% pour Areva.

« Ça m’a permit de construire une petite salle communale »

A Bure dans la Meuse, où le laboratoire est implanté, les avis sont partagés, même si l’argument économique prime pour beaucoup. « On est dans une région où il n’y a pas beaucoup d’activité. S’il y en a une qui se présente, ça peut faire de l’emploi et vivre la région », estime Michel, artisan dans le BTP. Et les rentrées financières sont aussi intéressantes pour les collectivités. L'Andra a ainsi versé 30 millions d'euros aux départements impactés. « Ça m’a permis de construire une petite salle communale et refaire la toiture de l’église », souligne Luc Breuil, maire de Ribeaucourt.
Pour les opposants, en revanche, les risques sont bien réels. Michel Guéritte, un retraité, est inquiet. « S’il y a un problème de confinement, vous imaginez qu’on nous dise qu’on ne peut plus boire d’eau ? », s’inquiète-t-il. Mais Marc-Antoine Martin, de l'Andra, rassure : des tests ont été faits et le risque est minime. « Les éléments les plus petits mettraient 200 000 ans pour sortir de la couche, c’est un temps suffisant pour voir la radioactivité décroître ». A partir de 2025, deux trains de déchets devraient donc arriver chaque mois pour venir enfouir la totalité des rejets nucléaires français.

« 500 mètres sous terre, complètement confiné »

François-Michel Gonnot, le président de l'Andra, veut écarter les inquiétudes. « Ce n’est pas une installation de surface, une usine chimique, une installation nucléaire, là nous sommes à 500 mètres sous terre dans une installation complètement confinée », rappelle-t-il, soulignant que « les terres agricoles sont entamées sur quelques dizaines de centimètres par l’agriculture ». Et s’il ne peut rien promettre pour un futur lointain, il veut assurer que le moment où la question se posera, le risque sera écarté. « Bien évidemment, dans 100 000 ou 200 000 ans, je ne peux pas vous garantir qu’il n’y aura pas de fuites vers le sol. Mais à ce moment-là, ces déchets ne seront plus radioactifs ou atteindront une radioactivité tout à fait naturelle et normale ».

« Un sacrifice de territoire »

Mais pour les riverains du site, c’est une autre affaire. Car si l’Andra pourrait permettre à la ville de belles rentrées d’argent, encore faut-il qu’il reste des habitants. « C’est 99% de la radioactivité totale des déchets nucléaires français qu’on veut nous mettre à 500 mètres sous les pieds. Il ne faut pas se voiler la face, il y aura des rejets, on va polluer l’eau, je n’imagine pas ces déchets rester bien tranquillement », pense Jean-Pierre Rèmmelé, le maire de Bonnet qui voit l’implantation du site de l’Andra à côté de chez lui comme un « sacrifice de territoire. Il y a moins d’une dizaine d’années, toutes les maisons à vendre à Bonnet se vendaient comme des petits pains. Aujourd’hui, je n’ai pas loin d’une dizaine de maisons à vendre, aucune ne part. Tout le monde risque de se barrer par la force des choses. Aucun ne sera assez fou pour venir habiter Bonnet ».

M. Chaillot avec T. Chupin et C. Lemke