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Les ongles et cheveux continuent de pousser après la mort: pourquoi c'est faux 

Allégorie macabre par une internaute.

Allégorie macabre par une internaute. - Carmen Jost – flickr - CC

Beaucoup de spécialistes capillaires pensent que le poil a une vie après la mort. Ainsi, les ongles et cheveux continueraient à pousser après notre trépas. Comme celle-ci, certaines contre-vérités scientifiques ont la vie dure. Cet été, BFMTV.com a entrepris de démonter ces idées reçues tenaces. (8/10)

"Les ongles et cheveux continuent de pousser après la mort." Etudiants en médecine, coiffeurs, instituts capillaires et employés des pompes funèbres entretiennent parfois ce mythe qui si l'on ose dire, a la vie dure. Ainsi, l'un d'eux confiait l'année dernière au journal La libre Belgique que cette rumeur était selon lui "fondée", car "toutes les cellules ne meurent pas en même temps". Et d'avancer la preuve incontestable de cette assertion: "D'ailleurs, après 24 heures, il arrive que l'on doive raser le mort".

Pour l'Empereur ou le quidam, c'est également faux

Autre temps, autre lieu, le procès-verbal dressé par Rémy Guillard, le chirurgien-major à bord de la Belle-Poule, cette frégate de soixante canons qui ramena en 1840 la dépouille de l'Empereur Napoléon Ier de Sainte-Hélène à Cherbourg, a contribué à entretenir ce mythe. "Les téguments de cette partie de la face se faisaient remarquer par leur toucher doux, souple et de couleur blanche; ceux du menton étaient légèrement bleuâtres; cette teinte-là s'empruntait à la barbe qui semblait avoir poussé après la mort", écrivait-il.

Qu'il soit question de l'homme du peuple ou de l'Empereur, la vérité est cependant bien plus prosaïque. A savoir que quand on est mort, on est mort. Autrement dit, faute d'oxygène et de nutriments véhiculés par le sang, les fonctions cellulaires s'arrêtent à plus ou moins bref délai avec la coupure de la circulation sanguine.

Concernant les poils de barbe ou les cheveux, les follicules pileux ne sont simplement plus alimentés en glucose et en oxygène. Il devient donc impossible pour les cellules situées dans la matrice de continuer à se diviser comme auparavant. Pour les ongles, composés eux aussi en grande partie de kératine, c'est la même chose. Les matrices germinales n'étant plus alimentées, la "production" est stoppée.

Hydratez, il en restera toujours quelque chose

Mais alors, comment accorder cette impression, visuellement mesurable, que la barbe, les cheveux et les ongles semblent avoir poussé après la mort et la réalité scientifique? Il faut prendre en réalité le problème à l'envers. Il ne s'agit pas d'une poussée, mais d'une rétractation des tissus, des fameux "téguments" du chirurgien-major cité plus haut, autour des poils et ongles.

D'ailleurs, les spécialistes font remarquer que la pousse des poils est, en moyenne, d'environ 0,3 mm par jour et celle des ongles de 0,1 mm, ralentissant qui plus est avec l'âge. S'il n'existe pas d'études statistiques informant sur cette supposée pousse post-mortem, ces valeurs montrent que la prétendue croissance constatée au bout de deux ou trois jours, ne devrait en réalité ne pas être visible, du moins pour les ongles. C'est donc qu'un autre phénomène est à l'œuvre. Un phénomène que certains thanatopracteurs jugulent partiellement en injectant par exemple des produits pour hydrater la peau ou en recréant un ersatz de "circulation sanguine" à l'aide de formol, comme l'expliquait ce professionnel au Républicain.

Toutes les cellules ne meurent pas au même rythme

L'une des raisons de la persistance du mythe tient peut-être aussi à cette réalité que toutes les cellules ne mettent pas le même laps de temps pour s'éteindre. Ainsi, rappelait un article de la BBC, les cellules nerveuses mettent entre trois et sept minutes pour mourir après la privation d'oxygène et de glucose. Le site officiel du don d'organes français rappelle quant à lui les délais que peuvent supporter entre le moment où un organe est prélevé et celui où il est transplanté: "3 à 4 heures pour un cœur, 12 à 18 heures pour un foie, 6 à 8 heures pour un poumon, 24 à 36 heures pour un rein". L'épiderme supporte quant à lui une greffe dans les douze heures.