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Le séisme survenu en Ardèche pourrait-il être dû à l'activité humaine?

Des chercheurs mobilisés après le tremblement de terre étudieraient, entre autres, la piste d'un séisme d'origine humaine, selon Le Point.

Le tremblement de terre de magnitude 5,4 sur l'échelle de Richter survenu en Ardèche lundi 11 novembre a-t-il une origine humaine? Il s'agirait de l'une des pistes de travail soulevées - entre autres - par des chercheurs, selon une information du Point, également confirmée par BFMTV.com.

Plusieurs chercheurs issus du laboratoire GéoAzur, de l'Institut des Sciences de la Terre (ISTerre), et de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) ont été mobilisés. Dans un document de travail que l'hebdomadaire a pu consulter, l'hypothèse est ainsi formulée, rapporte Le Point:

"La présence de la carrière en activité située au-dessus de la faille supposée avoir rompu ne peut-elle pas avoir contribué au déclenchement du séisme?"

Une carrière calcaire exploitée depuis près de 200 ans

La carrière évoquée, propriété de la société LafargeHolcim (anciennement Lafarge), est située aux confins des communes du Teil et de Viviers. Le cimentier l'exploite pour son calcaire depuis 1833 et ce permis d'exploitation a été renouvelé le 16 janvier 2018, selon un arrêté préfectoral autorisant par là-même une extension du site. D'après ce même document, le cimentier est autorisé à tirer au maximum 3100 tonnes de matière par jour.

La rupture de surface observée au Teil (Ardèche) après le séisme du lundi 11 novembre 2019.
La rupture de surface observée au Teil (Ardèche) après le séisme du lundi 11 novembre 2019. © J.F. RITZ (Géosciences Montpellier), S. BAIZE (IRSN), C. LARROQUE (GéoAzur), M. Ferry (Géosciences Montpellier), L. AUDIN (ISTerre)

Une piste à manipuler avec prudence

L'extraction du calcaire pourrait-elle être à l'origine de la forte secousse de magnitude 5,4 sur l'échelle de Richter? Contacté par BFMTV.com, Stéphane Baize, chercheur en géologie rattaché à l'IRSN, envoyé en Ardèche à la suite du séisme, confirme que l'hypothèse fait partie du spectre de travail mais demeure prudent.

"La question (de l'activité humaine, NDLR) a été posée, mais il y a beaucoup d'incertitudes. On n'a pas encore toutes les données nécessaires pour aboutir à cette conclusion". Il précise que "la région a subi des séismes comparables pendant la période historique", citant les années 1509, 1773 et 1873, donc certains sont survenus avant l'exploitation de la carrière.

Jean-Christophe Gariel, directeur général adjoint de l'IRSN chargé de l'environnement et de la santé, affiche la même ligne.

"À l'heure actuelle, je n'ai pas d'élément pour dire si c'est une piste raisonnable ou pas. Ça demande un travail de fond", indique-t-il à BFMTV.com. "Si vous regardez la région, on voit que sur les 200 dernières années, il y a eu un certain nombre de séismes assez superficiels (en termes de profondeur et non d'intensité, NDLR), comme celui observé."

Un épicentre peu profond comme particularité

L'une des caractéristiques du séisme survenu en Ardèche est que son épicentre serait situé entre 1 et 3,5 km de la surface de la Terre. "Les séismes en France métropolitaine se produisent généralement entre 5 et 20 km de profondeur environ", étaye une note éditée par l'IRSN à la suite du tremblement de terre et consultée par BFMTV.com.

Une assertion corroborée par Jean-Robert Grasso, membre de l'ISTerre, cité dans les colonnes du Point:

"C'est très étonnant pour un pays comme la France, où les séismes se situent généralement entre 5 et 20 km de profondeur. Une faible profondeur est une particularité que l'on retrouve lors des séismes induits par l'activité humaine", déclare-t-il.

Pour Jean-Christophe Gariel, la piste élémentaire concernant l'origine sismique du tremblement en Ardèche reste toutefois celle de la tectonique des plaques, et l'activité humaine est à considérer comme une piste parmi d'autres. "C'est la vie de la planète, estime-t-il, c'est l'explication de 99,9% des séismes."

Clarisse Martin