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Le "blob", mystérieux nouveau pensionnaire du zoo de Paris

Le blob, organisme photographié le 16 octobre 2019 au Parc zoologique de Paris.

Le blob, organisme photographié le 16 octobre 2019 au Parc zoologique de Paris. - Stéphane de Sakutin - AFP

Cet organisme, ni plante ni animal, suscite la curiosité quant à ses nombreuses capacités.

Ce n'est ni un animal, ni une plante, ni un champignon: le blob n'a ni bouche, ni estomac, ni cerveau. Que fait-il alors au parc zoologique de Paris à partir de ce samedi? Le zoo est le premier au monde à accueillir le blob, Physarum polycephalum, de son nom scientifique. 

Cet organisme à une seule cellule est simplissime mais capable de comportements complexes. Sans oeil ni neurones, il possède néanmoins d'étonnantes capacités. Il sait par exemple optimiser son alimentation, en choisissant entre deux flans le meilleur pour sa croissance.

Une mémoire spatiale

Il a aussi une mémoire spatiale, grâce au mucus qu'il laisse sur son passage. Il est aussi capable de retenir une information, comme l'a démontré l'expérience suivante: du sel a été déposé sur son trajet vers sa nourriture. 

La première fois, le blob se déplace très lentement - le sel n'est pas dangereux mais il n'apprécie guère. La fois suivante, il se déplace à toute vitesse sur ce même trajet, preuve qu'il a "appris" à ignorer le sel. Il peut garder cette donnée en mémoire plus d'un an et même la transmettre à un autre blob lorsqu'il fusionne avec.

Cette "mémoire" au sein d'une cellule pose la question la possibilité d'apprentissage de nos propres cellules, et son étude pourrait "ouvrir une nouvelle voie thérapeutique" chez l'homme, selon Audrey Dussutour, éthologue au CNRS.

La créature peut atteindre jusqu'à 10 mètres en laboratoire, où l'on peut aussi la subdiviser en la découpant - il existe même des "moules" à blob - car les fragments cicatrisent. Au parc zoologique de Paris, on s'affaire à découper des morceaux permettant au public de découvrir au mieux cet organisme. 

Découpé, le blob se reforme de suite

Car même quand il est découpé en morceaux, le blob referme sa membrane en quelques instants. "A partir d'un seul organisme de 10 centimètres carrés, on obtient avec son scalpel 10.000 blobs de 1 millimètre carré parfaitement viables", écrit Audrey Dussutour dans un ouvrage sur le blob. Le procédé marche aussi à l'inverse: deux morceaux côte à côte peuvent fusionner pour former un seul blob. 

De quoi se nourrit le blob? L'organisme ingère les bactéries qui se présentent sur son chemin. Au zoo de Paris, on lui donne des flocons d'avoine. "Pour s'en occuper, il faut jouer avec lui, tout simplement. Il faut faire en sorte qu'il se déplace en l'appâtant dans un coin, en créant une sorte de petit réseau routier. L'idée, ce n'est pas qu'il se déplace le plus rapidement possible, mais qu'il se développe le plus visuellement possible", explique à Geo Frédéric Geoffriau, jardinier au parc. 

La vascularisation du blob n'est pas fixe, contrairement à la nôtre. Dans ses veines, le sang change de direction, ce qui provoque son lent mouvement. Un système vasculaire "complexe et optimisé, qui passionne les physiciens".

1 à 4cm par heure

"On peut s'en inspirer pour les réseaux: en ingénierie, on étudie sa formation pour l'appliquer à des réseaux électriques. Des blobs ont même été connectés à des ordinateurs", raconte la chercheuse. En revanche, il faut être patient pour le voir bouger à l'oeil nu: il se déplace de 1 à 4 centimètres par heure. 

Avec ses 720 sexes différents, le blob a une reproduction sexuée semblable à celle du champignon. "Il était là avant, donc ce sont davantage les champignons et les animaux qui s'en sont inspirés que l'inverse", conclut Audrey Dussutour.

Le blob est en effet apparu il y a environ 500 millions d'années, juste avant le règne des animaux et l'émergence de la "pluricellularité". "Le blob s'est un peu 'essayé' à pluricellularité sans aller jusqu'au bout. Cela donne une division cellulaire incomplète, avec des noyaux qui se séparent, sans que la membrane se referme autour d'eux", poursuit-elle.

Car le blob ne cesse de surprendre. Il peut mourir de plusieurs façons, mais peut aussi entrer en dormance, en se desséchant. Il devient alors quasi-immortel; il peut même passer au micro-ondes quelques minutes. Une fois ré-humidifié, il peut repartir en redémarrant son cycle à zéro.

Outre le parc zoologique de Paris donc, on peut observer le blob dans la nature en Europe. Seulement, il faut savoir ouvrir l'oeil. "On l'observe très peu parce qu'il vit dans les sous-bois, souvent sous des souches, sous des racines ou dans les écorces", indique à Geo Elisabeth Quertier, responsable du parc animalier.
Liv Audigane avec AFP