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La France change de ton sur la "catastrophe" nucléaire au Japon

Contrôle de radioactivité à Hitachi, au Japon. Devant l'ampleur de l'alerte nucléaire dans l'archipel nippon, la France a jeté la prudence oratoire aux orties et reconnaît désormais ouvertement la gravité de la situation. /Photo prise le 16 mars 2011/REUT

Contrôle de radioactivité à Hitachi, au Japon. Devant l'ampleur de l'alerte nucléaire dans l'archipel nippon, la France a jeté la prudence oratoire aux orties et reconnaît désormais ouvertement la gravité de la situation. /Photo prise le 16 mars 2011/REUT - -

Devant l'ampleur de l'alerte nucléaire au Japon, la France a jeté la prudence oratoire aux orties et reconnaît désormais ouvertement la gravité de la situation.

Accusé dans un premier temps par l'opposition, écologistes en tête, de sous-évaluer son appréciation des événements, le gouvernement a commencé à modifier son discours après l'augmentation des émissions radioactives consécutive aux accidents en série dans la centrale de Fukushima-Daiichi.

La ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, a ainsi parlé mercredi de "risque de catastrophe majeure" au Japon en raison des dégâts sur des réacteurs nucléaires consécutifs au séisme et au tsunami de vendredi dernier.

"On a plusieurs sources d'information qui permettent une analyse non pas complète mais plus fine qui ne porte pas à l'optimisme depuis hier (mardi)", a-t-elle dit sur i>Télé. "Le terme de catastrophe, je l'assume".

Selon Marie-Pierre Comets, commissaire à l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), "la situation est confuse" désormais à Fukushima. "Elle n'évolue pas favorablement (...) il est de plus en plus difficile d'obtenir des informations fiables" en provenance du Japon, a-t-elle dit lors d'une conférence de presse à Paris.

La France, qui a augmenté la fréquence des vols en direction du Japon pour faciliter le retour de ses ressortissants, se refuse à parler d'évacuation ou de plan de rapatriement.

L'heure est grave, cependant, comme l'a reconnu mardi le ministre de l'Energie, Eric Besson, en évoquant le scénario du pire avant de participer à Matignon à une réunion interministérielle sur la menace nucléaire au Japon.

ACCIDENT MAJEUR

Quelques heures plus tôt, le premier secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, avait dénoncé les "propos lénifiants" des autorités françaises sur la situation au Japon.

Pour Eric Besson, les propos peu alarmistes de la France dans les jours qui ont suivi le séisme et le tsunami s'expliquent par les informations dont elle disposait en provenance du Japon qui a, selon lui, "perdu visiblement l'essentiel de la maîtrise" de la situation.

"L'analyse a été convergente pendant les trois premiers jours", a dit mercredi le ministre de l'Energie sur RMC.

"C'est hier (mardi) qu'elle a divergé quand l'autorité de sûreté nationale française a classé l'accident au niveau 6 sur une échelle qui en compte 7, alors que les Japonais l'ont maintenu au niveau 4. Ils estiment pouvoir encore intervenir sur les centrales, alors qu'une partie des autorités dans le monde pensent qu'ils ont déjà atteint (...) l'accident majeur, l'accident très grave", a-t-il ajouté.

Si la France parle désormais d'une voix claire pour évaluer la situation en Japon, elle n'est cependant pas tout à fait prête à relancer un débat national sur sa politique énergétique, et encore moins à organiser le référendum sur la sortie du nucléaire que réclament les écologistes.

"Il est tout aussi absurde d'affirmer que le nucléaire est condamné par cet accident que d'affirmer qu'il ne nous concerne pas", a ainsi dit mardi le Premier ministre, François Fillon.

Pays le plus nucléarisé au monde après les Etats-Unis, la France compte 19 centrales, 58 réacteurs et deux géants mondiaux du secteur, le constructeur de réacteurs Areva et l'électricien EDF.

Nicolas Sarkozy doit s'exprimer ce mercredi sur le nucléaire, dont la France dépend pour près de 80% de son électricité.

REUTERS