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L'homme mange du chocolat depuis plus de 5000 ans

Des fèves de cacao sont exposées au soleil dans un village de producteurs de cacao, près de Vavoua en Côte d'Ivoire, le 29 octobre 2002.

Des fèves de cacao sont exposées au soleil dans un village de producteurs de cacao, près de Vavoua en Côte d'Ivoire, le 29 octobre 2002. - Philippe Desmazes - AFP

Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature, Ecology and Science repousse l'origine de la consommation du cacao de près de 1500 ans.

L'histoire d'amour entre les hommes et le chocolat n'est pas récente, loin de là. On estimait déjà que la culture et la préparation des fèves de cacao remontait à 3900 ans, en Amérique centrale, mais une nouvelle étude relayée par Quartz vient redéfinir les prémices de la passion de l'humain pour l'or brun.

Sur un site archéologique au sud de l'Equateur, une équipe internationale de chercheurs - dont plusieurs Français - a mis au jour des traces de cacao sur des céramiques vieilles d'environ 5300 ans.

Après avoir analysé près de 220 échantillons de céramiques, il s'est avéré que près d'un tiers d'entre eux contenaient du cacao: "une quantité importante qui reflète une utilisation courante", explique Claire Lanaud, généticienne du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et coauteure de l'étude publiée ce lundi dans la revue scientifique Nature, Ecology and Evolution.

"Cela ne peut pas être le fruit d'une cueillette anecdotique dans la forêt!", assure la scientifique, pour qui les Indiens d'Amazonie devaient bien cultiver le cacaoyer.

La découverte a été faite sur le site archéologique de Santa Ana Florida, où vivaient les Mayo Chinchipe, mis au jour en 2002 sur les versants inférieurs de la cordillère andine. Cette région est recouverte d'une forêt tropicale fortement érodée par endroits.

Des poteries similaires à celles des Mayas

L'archéologue Michael Blake travaillait sur le site avec ses collègues quand la forme des céramiques lui a rappelé quelque chose: "J'ai remarqué qu'ils avaient trouvé des poteries dont la forme me rappelait celles que les Mayas utilisaient pour leurs boissons au cacao", a-t-il raconté à la revue Science. "J'ai demandé s'il y avait une chance pour que ces récipients aient servi pour le cacao, et la réponse était que personne n'avait cherché."

Les poteries ont été analysées de trois manières différentes pour déterminer si elles avaient pu contenir ou non du cacao; les chercheurs ont ainsi révélé la présence de grains d'amidon caractéristiques de la plante, de traces de théobromine (un composé spécifique aux fèves mures de cacao) et d'ADN anciens de cacaoyer.

Une forme de boisson énergétique

Les céramiques présentant des traces de cacao ont été découvertes dans les anciennes poubelles et les tombes du village, ce qui laisse penser que les habitants utilisaient les fèves aussi bien comme offrande funéraire que comme nourriture quotidienne.

"Comme les grains d'amidon ont été retrouvés dans des bouteilles, les Mayo Chinchipe consommaient certainement les fèves de cacao sous forme de boisson", précise Claire Lanaud.

"Nous supposons qu'ils broyaient les graines pour accéder aux graisses nutritives, aux glucides et aux ingrédients actifs tels que la théobromine et la caféine", explique de son côté Michael Blake.

Des coquillages, tels que les spondylus et les strombus, issus de la côte pacifique et retrouvés dans les tombes du site de Santa Ana Florida montrent que des communications existaient entre les peuples de la côte Pacifique et ceux d'Amazonie.

"Peut-être que c'est par le biais de ces échanges commerciaux que le cacaoyer est allé de l'Amazonie à la côte pacifique", soulève la généticienne.

Néanmoins, cette longue histoire d'amour de 5 000 ans entre les hommes et le chocolat pourrait bientôt prendre fin. Certains spécialistes s'inquiètent d'une éventuelle pénurie de chocolat dans les années à venir, notamment en raison des changements climatiques. 

Liv Audigane, avec AFP