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Il est désormais possible de déterminer le sexe de nos ancêtres dans le creux de leur oreille

Les scientifiques ont mis au point une méthode pour déterminer le sexe d'un squelette grâce à un petit organe.

Les scientifiques ont mis au point une méthode pour déterminer le sexe d'un squelette grâce à un petit organe. - JOHN HAWKS / WITS UNIVERSITY / AFP

Des chercheurs du CNRS ont établi que la cochlée, un petit organe situé dans l'oreille interne, est un marqueur sexuel. Il va permettre d'identifier le sexe de squelettes vieux de plusieurs millions d'années.

C'est un petit organe qui peut en dire beaucoup sur nos ancêtres. Des chercheurs du CNRS ont mis au point une nouvelle méthode pour déterminer le sexe d'un individu d'après son oreille. Les scientifiques se servent de la cochlée, un petit organe en forme de spirale situé dans le rocher, l'os le plus solide du crâne et le plus dense du squelette humain.

L'oreille interne "nous renseigne sur l’évolution. Mais pour mieux comprendre la morphologie de fossiles de plusieurs millions d’années, nous avons besoin de revenir à des modèles actuels", explique José Braga, anthropobiologiste, professeur à l’université Toulouse III-Paul Sabatier, auprès de La Dépêche.

Une forme différente dès la naissance

Les chercheurs ont alors reconstruit en 3D une centaine de cochlées sur la base d'images provenant de patients d'une clinique toulousaine ainsi que d'un hôpital à Pretoria, en Afrique du Sud. Mais là où les scientifiques pensaient découvrir des différences entre les deux populations de ces endroits du globe, ils ont établi une différence selon les sexes. 

Entre un homme et une femme, cette partie auditive de l'oreille interne n'a pas la même forme dès la naissance. La torsion de cet organe en forme de spirale varie essentiellement à son extrémité, selon le sexe.

"Ce résultat a permis de mettre au point la première méthode fiable de détermination du sexe, incluant les enfants, dans les cas où l’ADN s’avère absent ou trop altéré", se réjouit le CNRS dans un communiqué publié en début de semaine. 

Les tests menés sur des échantillons de squelettes du musée d'anatomie de Strasbourg sont sans appel: les chercheurs n'ont constaté qu'une seule erreur sur 22 squelettes. 

Des fossiles vieux de plusieurs millions d'années

Jusqu'à présent, pour déterminer le sexe d'un squelette ancien, il fallait soit récupérer de l'ADN, soit étudier le bassin. Chose impossible pour les squelettes d'enfants ou lorsque cette partie du squelette est absente. "La cochlée, elle, est un organe adulte dès la naissance", rappelle José Braga. 

"La cochlée étant située dans l’os le plus dur du crâne, que l’on retrouve très souvent dans les sites archéologiques, cette technique permettra d’établir le sexe de très anciens fossiles, même fragmentaires ou immatures", complète le communiqué du CNRS. 

Avec cette nouvelle méthode, les scientifiques espèrent maintenant pouvoir mettre fin à des années d'incertitudes concernant des squelettes emblématiques, comme le crâne de "l'enfant de Taung", premier australopithèque connu découvert en 1925 ou Little Foot, squelette quasi-complet d'un autre australopithèque vieux de 3,7 millions d'années. 

Benjamin Rieth