BFMTV

Explosion de la fusée Antares: les moteurs posent question

Lancée de la base de Wallops, en Virginie, la fusée Antares a explosé quelques instants après son décollage.

Lancée de la base de Wallops, en Virginie, la fusée Antares a explosé quelques instants après son décollage. - BFMTV

L’accident de mardi soir va conduire la Nasa à examiner de près le lanceur Antares. Au centre des interrogations, l’utilisation d’un moteur d’origine russe qui posait déjà des problèmes. Explications.

Après le choc, les questions. La fusée américaine Antares, qui devait être envoyée sur la Station spatiale internationale (ISS) pour apporter vivres et données scientifiques, a explosé juste après avoir décollé, mardi, sur la base spatiale Wallops sur la côte de Virginie, aux Etats-Unis.

La Nasa et Orbital Sciences, la société en contrat avec l'agence spatiale américaine pour lancer la fusée, ont commencé à enquêter sur la cause de ce dysfonctionnement sans avoir encore donné d'indications.

Première source de questionnement: la propulsion du premier étage de la fusée assurée par des moteurs dérivés d'une technologie soviétique datant des années 60.

> Des moteurs à bas prix d’origine russe

Selon le constructeur américain Aerojet Rocketdyne, "ce moteur, appelé AJ-26, initialement connu comme étant le NK-33, avait été conçu pour le lancement de la fusée russe N1 pour des missions habitées vers la Lune".

Le système des deux moteurs AJ-26 offre au lanceur Antares de "meilleures performances à des coûts moindres que les autres moteurs de fusée de même capacité", fait encore valoir la firme qui avait racheté la licence de production de ces moteurs aux Etats-Unis, dans les années 90.

> Un moteur des années 60

A l'origine, le moteur a été conçu par le bureau d'études russe JSC Kuznetsov près de Moscou, réputé pour les turbine à gaz. Aerojet Rocketdyne explique avoir complètement modernisé le moteur et ses instruments depuis 1993.

Selon Orbital Science, l'ex-Union Soviétique a dépensé à l'époque l'équivalent de 1,3 milliard de dollars sur une période de dix ans pour développer ce moteur. Elle en a construit plus de 200 au total, qui n'ont jamais été utilisés. "Les Soviétiques avaient un problème avec ce moteur dans les années 60 et ont fini par arrêter de le fabriquer", a expliqué Marco Caceres, un expert du secteur spatial du cabinet d'études Teal Group.

> Un moteur qui avait déjà explosé pendant un essai

La Nasa a testé l'AJ-26, qui brûle du kérosène et de l'oxygène, à son centre d'essai de Stennis, dans le Mississippi où, en mai dernier, un de ces moteurs avait explosé pendant un essai statique au sol. L'agence spatiale a refusé à ce stade d'établir un lien entre cet accident et l'explosion d'Antares mardi soir.

Les quatre précédents vols d'Antares s'étaient déroulés parfaitement. Les ingénieurs d'Orbital ont assuré qu'aucun signe de problème ne s'était manifesté durant le compte à rebours. Orbital a aussi précisé qu'il s'agissait du premier lancement d'Antares 130, une version plus puissante du lanceur que les modèles 110 et 120 utilisés jusqu'alors.

L'accident de mardi soir va conduire la Nasa à examiner de près le lanceur Antares et surtout l'utilisation du moteur d'origine russe, estime John Logsdon, ancien directeur du "Space Policy Institute" à Washington. Orbital avait déjà dit vouloir remplacer ce moteur, autrement dit "cet échec va très probablement accélérer ce processus", conclut cet expert..

C. P. avec AFP