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Et si ressusciter des espèces éteintes n'était pas une bonne idée?

Des mammouths.

Des mammouths. - Mauricio Anton via Wikimedia Creative Commons

La communauté scientifique travaille à faire reprendre du poil de la bête au mammouth laineux, comme à d'autres espèces. Mais pour certains savants, ramener à la vie des espèces éteintes a tout de la fausse bonne idée et pourrait mettre à mal la conservation d'autres races.

Il y a des disparus qui pourraient bien, sous peu, faire un nouveau tour dans le monde des vivants. Il ne s'agit pas là de la trame d'un nouveau film de George A. Romero mais d'un objectif très concret de la communauté scientifique. L'avancée des connaissances de cette dernière lui permet aujourd'hui d'envisager, entre autres, la résurrection du mythique mammouth laineux, grâce à un croisement de gênes du préhistorique bestiau et des éléphants d'Asie, comme BFMTV.com le notait il y a peu. Mais la possibilité de donner une nouvelle existence à des animaux depuis longtemps aux abonnés absents ne ravit pas tout le monde dans l'univers de la science, expose cet article du New York Times

Ces sceptiques, se penchant tout d'abord sur le cas de cet éventuel mammouth postmoderne, font valoir que ce retour pourrait se faire au détriment de nos éléphants, qu'ils soient d'Afrique ou d'Asie, qui n'ont déjà pas besoin de ça, menacés qu'ils sont d'extinction à cause de la réduction de leur habitat naturel et du braconnage. Par ailleurs, ils rappellent que s'il est une chose qui s'épuise aussi sûrement qu'une espèce emportée dans le mauvais wagon de l'évolution, c'est l'argent. Dans un papier qui vient d'être publié dans la revue Nature ecology and Evolution, certains de ses chercheurs ont soulevé ce problème.

Un dilemme qui déchire la communauté scientifique

L'un d'entre eux, Joseph Bennett, professeur assistant et chercheur en conservation à l'université Carleton dans l'Etat de l'Ontario, au Canada, explique que, dans la mesure où les fonds alloués à la conservation des espèces ne sont pas si prolifiques: "Si vous avez les millions de dollars qu'exige la résurrection d'espèces éteintes et que vous choisissez de le faire, vous prenez une décision éthique qui est de ramener à la vie une espèce et d'en laisser plusieurs, actuellement menacées, s'éteindre. Ce serait un pas en avant et de trois à huit en arrière." 

Aujourd'hui, 20% des espèces animales évoluant sur Terre sont sous le péril d'une extinction et cette statistique pourrait se porter à 50% à la fin du siècle. Joseph Bennett assisté de plusieurs scientifiques ont étudié le prix que représenterait la réintroduction (et non la conception) d'espèces aujourd'hui éteintes. En Nouvelle-Zélande, conserver onze espèces éteintes à peine revenues parmi nous se ferait au prix de la conservation de trois fois plus de variétés animales aujourd'hui en danger. Une année de vie d'une colonie d'oiseaux de types gérygones des Chatham, par exemple, coûterait 360.000 dollars. 

Mais les partisans de la réapparition d'animaux disparus arguent que les espèces étudiées ici ne sont pas envisagées car leur renouvellement n'apporterait aucun bénéfice écologique. Les membres de la fondation scientifique "Revive and Restore", qui cherchent à redonner un souffle aux mammouths laineux, aux pigeons voyageurs comme au Tympanuchus cupido cupido, assurent ainsi que certaines espèces actuellement menacées pâtissent de l'absence d'un "partenaire au sein de la biodiversité, ou d'un élément dans la chaîne alimentaire". Difficultés qui seraient réglées par quelques résurrections opportunes, selon eux. 

R.V.