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Eolien: quelle place dans le marché de l'énergie?

Une ferme éolienne à Palmas, au Brésil.

Une ferme éolienne à Palmas, au Brésil. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Les dirigeants européens sont réunis durant deux jours (20 et 21 mars) pour un Conseil européen. Au menu: la compétitivité industrielle, le climat et l'énergie. L'Europe affiche des ambitions plus prudentes en matière de renouvelables. Au grand dam de France Énergie Eolienne.

Afin de limiter la hausse des températures à 2 degrés à l'horizon 2050, l'AIE estime que l'éolien devrait représenter 15 à 18 % de l'énergie mondiale. Les énergies renouvelables sont en pleine croissance dans le monde. Selon les mêmes projections de l'agence internationale de l'énergie, solaire et éolien produiront plus de kilowattheures que l'hydraulique dans 5 ans. L'Europe se montre malgré tout frileuse aux yeux des professionnels. Elle veut porter à 27 % la part des énergies renouvelables en 2030. France Énergie Éolienne demande que soit mis en place un objectif contraignant d'au moins 30 % de renouvelables dans le mix au même horizon. Les professionnels réclament toujours plus de visibilité. Les citoyens eux se posent beaucoup moins de questions.

Réduire les délais d'instruction

Une étude CSA menée il y a 10 jours révèle ainsi que 87% estiment qu ils devraient avoir un droit de regard sur les choix énergétiques. Pour le même nombre de sondés, le pays doit trouver un équilibre entre différentes sources. Les plus de 65 ans et les plus jeunes sont les catégories les plus convaincues. A la question: "quelles sont les deux types de centrales que vous souhaiteriez voir construire en priorité dans votre département?" plus de 8 Français sur 10 répondent des renouvelables très loin devant le nucléaire et le gaz

Enfin pour 80% des sondés, il faut investir dans l'éolien sans attendre la fin des centrales traditionnelles. Pourtant la France est 19ème en Europe en terme d'éolien dans le mix. Elle a tout de même le deuxième potentiel de vent d'Europe . Les technologies évoluent et permettent notamment d'installer des éoliennes sur des sites un peu moins ventés. Les dernières années la profession souffre. Les raccordements sont au plus bas: 535 mégawatts l'an dernier, contre 815 mégawatts en 2012. Frédéric Lanoé président de FEE veut tout de même y croire: "le nombre de contrats signés entre avril et octobre 2013 permettent d'anticiper un redémarrage". Le secteur réclame toujours plus de visibilité. Une expérimentation d'autorisation unique afin de réduire les délais d'instruction va démarrer dans 7 régions françaises. Une initiative que salue FEE. Il faut en France encore 6 à 8 ans pour développer un parc éolien. Mais l'association attend le décret. Comme le souligne Sonia Lioret, déléguée générale de France Énergie Éolienne, "le diable se cache toujours dans les détails pour l'éolien".

30% supplémentaires pour les finances publiques

Les professionnels sont régulièrement confrontés à cette idée récurrente que les renouvelables coûtent cher et que le mécanisme de soutien devra un jour être abandonné. Cédric Philibert, analyste senior à l'AIE est formel: le marché de l'énergie tel qu'il est ne permet pas de soutenir les investissements dans les renouvelables. "Il est fixé sur le coût marginal de fonctionnement de l'unité la plus chère qui est, dans la majorité des cas, de l'énergie fossile. Avec les renouvelables le prix du marché s'effondre mécaniquement. "L'éolien devient donc rentable mais il faut mettre autre chose en place pour pouvoir maintenir les investissements"

FEE estime d'ailleurs que l'intégration de l'éolien au marché risque d'entraîner une forte hausse des coûts de financement: 30% pour les finances publiques. De nouveaux mécanismes sont donc à envisager. L'éolien représente actuellement 11.000 emplois et 3% de l'électricité produite. En 2020 cette énergie pourrait représenter 60.000 emplois et 10% de l'électricité. Le secteur attend donc avec impatience des précisions sur la future loi sur la transition énergétique.

Nathalie Croisé de BFM Business