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De la pluie vieille de 300 millions d'années permet de retracer l'histoire de la Bretagne

L'île de Groix, au large de Lorient. (Photo d'illustration)

L'île de Groix, au large de Lorient. (Photo d'illustration) - Damien Meyer - AFP

A l'époque, la Bretagne faisait partie d'une chaîne de montagnes proche de l'Equateur.

Une simple goutte d'eau peut en dire beaucoup sur notre histoire ; à plus forte raison quand elle date d'il y a 300 millions d'années. Une équipe de chercheurs de l'université de Plymouth a réussi à déterminer la composition d'eau de pluie datant d'avant les dinosaures, grâce aux minéraux avec lesquels elle a été en contact : des extraits de granit prélevés de Brest à Nantes, ainsi que dans le Limousin. 

Cette eau, "retrouvée" jusqu'à 15km de profondeur, donne une idée de "l'altitude, la latitude des montagnes où elle est tombée" et "donne des indices sur la raison de la présence de minéraux radioactifs dans la région", explique dans un communiqué l'autrice principale de l'étude, Dr. Camille Dusséaux. 

"Ce n'est pas l'eau de pluie la plus vieille jamais trouvée, mais la plus vieille dont les scientifiques ont pu recréer la composition et retracer l'histoire grâce à la géologie isotopique", développe la scientifique. 

Les résultats de leurs analyses ont montré que cette eau de pluie était tombée sur des montagnes, correspondant à la chaîne hercynienne dont faisait partie l'ouest de la France à l'époque. Elle s'étendait notamment en Espagne, en Allemagne et au sud de l'Angleterre. Les terres bretonnes d'aujourd'hui se trouvaient alors à proximité de l'Equateur. 

Une explication possible à la présence d'uranium

L'étude de ces minéraux datant de la fin de la période Carbonifère, dont une partie des résultats ont été publiés en novembre dernier dans la revue scientifique Terra Nova, combinée à des travaux précédents, permet de supposer que la circulation de l'eau a eu un impact sur la présence d'uranium dans les sols. 

"Entre 320 et 300 millions d'années avant notre ère, la pluie, en s'oxydant, a libéré le minerai d'uranium du granit et l'a transporté dans le sol des continents, où elle l'a précipité sur du schiste. Cela a créé des dépôts d'uranium qui ont été exploités jusqu'à récemment en France et a déclenché une précipitation d'oxyde d'uranium qui peut affecter notre santé. Cela peut se transformer en radon", illustre Camille Dusséaux dans le communiqué. 

Comme le rappelle l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, le radon est présent un peu partout dans les sous-sols du territoire français, avec une plus forte concentration en Bretagne et dans le centre de la France. L'un des facteurs déterminants est la teneur en uranium des sols. Des failles dans le sol, des exploitations minières ou même des sources hydrothermales peuvent faciliter son transfert vers la surface et polluer notre environnement direct. 

Liv Audigane