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Vaccin contre le Covid-19: où en est la recherche?

Un vaccin. (PHOTO D'ILLUSTRATION)

Un vaccin. (PHOTO D'ILLUSTRATION) - Schneyder Mendoza / AFP

Entre les premiers essais cliniques sur les humains et la mise sur le marché, la création d'un vaccin dure plusieurs mois. BFMTV.com fait le point sur la situation actuelle.

"Spoutnik V": c'est le nom du premier vaccin contre le coronavirus dévoilé ce mardi 11 août par la Russie. Bien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux scientifiques du monde entier émettent de sérieux doutes quant à ce vaccin, le pays dirigé par Vladmir Poutine a annoncé avoir déjà reçu un milliard de doses en pré-commande pour une vingtaine d’états. Parmi eux pourraient figurer des pays comme le Brésil, l’Inde, l'Arabie Saoudite, l'Indonésie qui auraient tous exprimé leur "intérêt" pour le vaccin.

Le début de la production industrielle est prévu en septembre, la mise en circulation en janvier 2021. Un calendrier qui paraît précipité aux yeux de nombreux experts. Depuis le début des recherches, l’institut Gamaleïa, à l’origine du produit, est accusé de rompre avec les protocoles habituels pour accélérer le processus scientifique. Jusqu'ici, la Russie n'a pas publié d'étude détaillée permettant de vérifier indépendamment ses résultats.

Plus de 1000 vaccins en développement

Partout dans le monde cependant, les procédures ont été accélérées de façon inédite, par exemple en Chine ou aux Etats-Unis. De nombreux pays cherchent en effet à fabriquer ce remède pour des raisons sanitaires mais également financières et géopolitiques.

Ce processus dure plusieurs mois, affirme Étienne Decroly, chercheur au CNRS. Ainsi, alors que "plus de 1000 vaccins" sont en cours de développement selon lui, un peu moins de 200 ont atteint la phase préclinique, d'après l'Organisation mondiale de la Santé (OMS).

L'infographie ci-dessous montre l'état de la recherche au 10 août 2020.

L'objectif de la phase préclinique (en gris sur l'infographie), rappelle Étienne Decroly, est de "démontrer que la préparation est suffisamment robuste pour l'être humain, par exemple en menant des tests sur les animaux". Actuellement, 139 vaccins en sont au stade préclinique.

Phase 1, phase 2...

Une fois que c'est fait, on peut passer à la phase 1 (en jaune sur l'infographie), où le vaccin est testé sur un petit groupe de volontaires en bonne santé. "L'objectif est alors de s'assurer de la sécurité du vaccin", explique le chercheur du CNRS. "Il faut vérifier que si on leur injecte le vaccin, les gens ne tombent pas malades". Actuellement, 17 vaccins en sont à la phase 1. Le fameux vaccin russe dévoilé ce mardi par l’Institut Gamaleïa en est par exemple actuellement à cette phase, si l’on se fie aux critères de l’OMS et non à ceux de la Russie.

Une fois cette étape validée, on peut passer à la phase 2 (en orange sur l'infographie). Les experts se basent alors sur un "plus grand nombre de volontaires, toujours en bonne santé". Le but est désormais de "voir l'efficacité thérapeutique du vaccin, sa capacité à produire des anticorps". La phase 2 permet également de s'interroger sur la posologie, la quantité de vaccin qu'il faudra administrer pour chaque patient:

"L’idée est d’injecter le vaccin à un groupe test, qu'on va comparer à un groupe contrôle qui lui, n'a pas de vaccin", explique le chercheur du CNRS. "On n'injecte pas le virus chez les humains, on observe la circulation du virus au sein de population".

Six vaccins en phase 3

Actuellement, 5 vaccins en sont à la phase 2. 20 autres sont à cheval entre la phase 1 et 2. "Dans le cadre de la pandémie actuelle, on n'attend pas nécessairement le temps nécessaire pour réaliser chacune des phases. Le processus peut être accéléré, les étapes peuvent se chevaucher", précise Étienne Decroly.

Quand la phase 2 est validée, on passe à la troisième et dernière. Le nombre de personnes testées est alors nettement plus grand et surtout l'échantillon est beaucoup plus représentatif de l’ensemble de la société.

L'objectif est désormais de "démontrer l’efficacité du vaccin chez des patients susceptibles d’être contaminés". Il faut également confirmer la posologie et identifier les effets indésirables. "Il faut vérifier que les risques pris soient beaucoup plus faibles que le bénéfice. L’intérêt collectif prime sur l’intérêt individuel", rappelle le chercheur.

Six vaccins ont atteint la phase 3. Une fois la phase 3 terminée, le vaccin peut être approuvé, puis éventuellement mis sur le marché. Il appartient ensuite aux autorités nationales de valider ou non le traitement.

Louis Tanca Journaliste BFMTV