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Un vaccin russe contre le Covid-19? Pourquoi certains scientifiques doutent

Vladimir Poutine a annoncé la mise au point et la production en série d'un vaccin contre le Covid-19. Une annonce reçue avec scepticisme par certains scientifiques au vu de la rapidité de la procédure.

Ce mardi, Vladimir Poutine a émis au cours d'une conférence vidéo la déclaration que le monde attendait: un vaccin a été trouvé contre le coronavirus. "Ce matin, pour la première fois au monde, un vaccin contre le nouveau coronavirus a été enregistré. Je sais qu'il est assez efficace, qu'il donne une immunité durable", a-t-il posé. La production industrielle dudit vaccin russe doit débuter en septembre, pour une mise en circulation le 1er janvier 2021. Soucieux de gagner la confiance du public, le président de la fédération de Russie a signalé que l'une de ses filles avait reçu le vaccin.

Scepticisme français

Mais certains scientifiques ont paru sceptiques, s'en tenant à l'adage bien connu disant qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Patrick Berche, ancien directeur de l'Institut Pasteur de Lille, a d'abord rappelé sur notre plateau: "On ne peut absolument pas dire qu’un vaccin soit efficace premièrement sans l’avoir testé. On ne peut dire qu’un vaccin soit intéressant sans avoir testé sa toxicité." S'intéressant aux quelques détails livrés sur le contexte de l'utilisation du vaccin russe, dont le nom de baptême est Spoutnik, il a dénoncé: "Je relève que la fille de Poutine a eu de la fièvre, une réaction secondaire, chose qu’on voit dans d’autres essais, c’est pas raisonnable."

Mais c'est bien la temporalité de la procédure qui infirme selon lui l'efficacité de la chimie proposée par les Russes. "Autre chose: dans sa déclaration, il dit que le vaccin a une action durable. Donc ça veut dire que probablement on l’a essayé dès mars ou février dernier pour pouvoir dire que ça a une action durable? Ça n’a pas de sens", a encore affirmé Patrick Berche. Le savant a égrené la feuille de route classique pour l'établissement d'un vaccin:

Il y a une phase pré-clinique qui dure plusieurs mois pour choisir la nature du vaccin – d’ailleurs on ne sait pas quel est le type du vaccin ADN, ARN etc. Ensuite, il y a la phase de toxicité et d’immunisation sur volontaires sains. La phase 2 dure deux ans, c’est 30.000 personnes qui sont vaccinées et on regarde si elles vont développer la maladie une fois exposées dans la population. Après ces deux ans, on commercialise largement ce vaccin dans la population."

L'OMS sur la même ligne

L'Organisation mondiale de la Santé campait sur cette même ligne ce mardi, bien que de façon plus diplomatique. "Nous sommes en étroit contact avec les Russes et les discussions se poursuivent. La pré qualification de tout vaccin passe par des procédés rigoureux", a assuré Tarik Jasarevic, le porte-parole de l'OMS, lors d'une visio-conférence de presse.

Plus tôt sur notre antenne, Faiza Bossy, médecin parisienne, a souligné: "Créer un vaccin le plus rapidement possible pour faire parler de soi et qui ne soit pas efficace à long terme avec des effets secondaires ça peut être dramatique." Elle a toutefois précisé:

Ce n’est pas une question de faire confiance à un vaccin russe, américain etc. Peu importe, je me fiche de savoir l’origine du vaccin, je ferai confiance à un vaccin efficace pérenne à long-terme, avec peu d’effets secondaires. C’est ce à quoi m’oblige mon éthique de médecin."
Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV