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Une situation "intenable": les salariés des laboratoires au bord du burn-out

Comportements irrespectueux, surcharge de travail, gratification salariale insuffisante... En Occitanie, des laborantins sont en grève pour dénoncer des "moyens historiquement trop faibles".

Depuis des mois, ils sont l'une des professions en première ligne face à la crise du coronavirus. Chaque semaine, les laborantins doivent analyser les près d'un million de tests réalisés sur le territoire pour dépister le coronavirus. Face à une pression de plus en plus forte et des incivilités qui se multiplient, la coupe est pleine. En Occitanie, 80 salariés du groupe Biofusion sont en grève depuis mardi pour dénoncer leurs conditions de travail.

"On est tous épuisés"

Mardi, les coursiers, secrétaires médicaux, techniciens et infirmières étaient rassemblés dans les couloirs de l'Agence régionale de santé Occitanie contre des moyens jugés "historiquement trop faibles":

"On se retrouve à devoir faire toutes les analyses que nous avons en retard, plus tous les tests PCR que nous demande le gouvernement, avec des moyens historiquement trop faibles", explique à BFMTV Pierre-Louis Canavelli, secrétaire général CFDT Santé-Sociaux.

Le mot d'ordre de grève avait été lancé par FO, la CGT et la CFDT. Car l'entreprise Biofusion réalise 5000 tests par jour, c'est presque cinq fois plus que sa capacité normale. Il est désormais impossible de livrer les résultats à temps et les relations avec les patients en pâtissent:

"Les gens râlent, s'énervent, insultent, que ce soit au téléphone ou physiquement. On est tous épuisés", confie Florence, salariée des laboratoires Biofusion.

Une prime jugée "dérisoire"

Face à la presse, la déléguée syndicale CFDT Catherine Bellenque a affirmé que tout était "parti de la petite prime reçue comme prime Covid", c'est "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase". Cette prime d'un montant de 250 euros "est dérisoire comparée à l'investissement du personnel", selon elle. Ce montant semble aussi insuffisant au regard de celui perçu par leurs collègues du public:

"La fonction publique, elle-même, s'est vue accorder une prime de 1000 euros pour tout son personnel et nous 250 euros, ça nous a tous surpris", confirme Nathalie, également salariée de Biofusion.

Les syndicats réclament donc une augmentation de 10% des salaires et "une amélioration de la qualité de vie au travail".

"Depuis de longs mois, la situation d'abord difficile est devenue intenable", reconnaît au micro de BFMTV Pierre Lay, médecin biologiste et membre de la direction de Biofusion.

"Nous avions déjà entamé des discussions et une ouverture sur l'attribution d'une gratification supplémentaire très prochainement", ajoute-t-il.

Risque "d'explosion sociale"

Il s'agit du second mouvement de grève dans des laboratoires de biologie médicale depuis la multiplication des tests virologiques (PCR) en France. Le 7 septembre, une cinquantaine de personnes s'étaient déjà rassemblées devant le siège sarthois des laboratoires Laborizon au Mans, dans le cadre d'un appel à la grève pour dénoncer les conditions de travail des salariés.

À la rentrée, François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes (SDB), avait alerté sur un risque "d'explosion sociale, si les personnels de laboratoires privés décidaient de se mettre en grève", rappelant qu'ils n'avaient rien obtenu lors des accords du Ségur de la santé.

En Occitanie, la direction a prévu d'embaucher 20 personnes en CDD pour faire face à la pression. Insuffisant selon les syndicats, qui poursuivent leur mouvement ce mercredi.

Esther Paolini Journaliste BFMTV