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Une enquête montre que près d'un tiers des ophtalmologues refusent les nouveaux patients

Une ophtalmologue ausculte une patiente à l'hôpital d'Angers, en octobre 2013 (photo d'illustration).

Une ophtalmologue ausculte une patiente à l'hôpital d'Angers, en octobre 2013 (photo d'illustration). - Jean-Sébastien Evrard - AFP

Selon une étude révélée par France Bleu lundi, 29% des cabinets d'ophtalmologie ne prenaient pas de nouveaux patients en 2020, signe d'un manque important de professionnels dans certains territoires.

La France souffre toujours d'un manque d'ophtalmologues libéraux. C'est le constat dressé par Le Guide Santé: d'après l'étude menée par le site, révélée par France Bleu ce mardi, près d'un tiers de ces professionnelles refusent d'accepter de nouveaux patients - quand on parvient à les joindre au téléphone. Et d'importantes disparités régionales persistent.

21,8% ne décrochent pas

Pour parvenir à cette conclusion, Le Guide Santé a contacté 5755 cabinets d'ophtalmologues à travers la France pour tenter de prendre un rendez-vous.

Parmi eux, 21,8% ne décrochent tout simplement pas le téléphone, et ce, malgré cinq tentatives d'appels. Sur les 4500 spécialistes qui répondent, 29% refusent quant à eux de prendre un rendez-vous avec un nouveau patient.

En 2020, toujours d'après l'étude, la densité des ophtalmologues libéraux sur le territoire était de 7,4 pour 100.000 habitants et de 8,7 pour l’ensemble des ophtalmologues. Mais derrière ces données se cachent de grands écarts selon les territoires.

Le site note ainsi que les départements les plus peuplés (Sud-Est, Rhône, Paris notamment) concentrent bien plus d'ophtalmologues que ceux qui abritent les plus petites agglomérations (par exemple la Creuse, la Lozère, la Meuse ou les Ardennes). Ainsi, seuls 11% des ophtalmologues travaillent aujourd’hui dans les aires urbaines ou rurales de moins de 50.000 habitants qui représentent pourtant 19% de la population totale.

217 jours pour un rendez-vous dans l'Indre

Ce déséquilibre se perçoit également dans le délai de prise de rendez-vous. Ainsi, dans les territoires les plus denses, il est par exemple possible d'obtenir un rendez-vous en 20 jours à Paris, 27 jours dans les Alpes-Maritimes et 29 en Seine-Saint-Denis, selon Le Guide Santé. À Cannes et à La Défense, le site est même parvenu à obtenir une consultation pour le lendemain.

À l'inverse, il faut s'armer de patience pour décrocher un rendez-vous si vous habitez dans l'Indre (217 jours), en Lozère (201 jours) ou dans le Cantal (193 jours).

Le Guide Santé constate par ailleurs un certain retard dans la numérisation des rendez-vous. Sur les 5755 cabinets contactés, 803 ne donnent pas accès à un numéro de téléphone ou un agenda des disponibilités en ligne.

Réorienter les aides à l'installation?

Contacté par les auteurs de l'étude, Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF) souligne que "depuis deux ans, il y a plus d’arrivées que de départs" dans la profession. Ce dernier souligne que s'il n'y a pas un rééquilibrage rapide de l'installation des jeunes ophtalmologues sur le territoire, "la liberté d'installation pourrait être remise en cause par le zonage voire la régulation".

Pour ce faire, le SNOF propose notamment de prioriser les aides à l'installation de l’Assurance maladie aux ophtalmologues qui s'installent dans des territoires sous-dôtés.

Esther Paolini Journaliste BFMTV