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Trop de surdiagnostics à l'origine de l'épidémie de cancer de la thyroïde

Le cancer de la thyroïde est un cancer de faible létalité qui était relativement rare il y a 30 ans.

Le cancer de la thyroïde est un cancer de faible létalité qui était relativement rare il y a 30 ans. - iStock - Jan-Otto

L'épidémie de cancers de la thyroïde observée ces vingt dernières années serait principalement due au surdiagnostic, qui aurait concerné plus de 500.000 personnes, selon l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

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En France, le cancer de la thyroïde était un cancer relativement rare il y a 25-30 ans, mais "dont le nombre de diagnostics a beaucoup augmenté depuis, de 6 % par an entre 1980 et 2005", précise Institut de veille sanitaire (Invs) sur ce sujet. L'hexagone n'est pas la seule concernée puisque sa fréquence augmente de manière significative tous les ans, peu importe le sexe ou le pays.

Les pratiques de diagnostic de ce cancer ont beaucoup évolué, car pour dépister cette maladie, les médecins peuvent avoir recours à plusieurs examens. Après palpation du coup, ils procèdent le plus souvent à une analyse de sang, à une échographie cervicale et/ou à une ponction à l'aiguille fine.

Mais selon un rapport de l'Agence internationale pour la recherche sur le cancer (CIRC) cette étape est sensible car elle peut mener à un surdiagnostic à savoir le dépistage de cancers peu susceptibles de provoquer des symptômes ou de provoquer la mort. Et c'est en grande partie ce qui expliquerait "l'épidémie croissante de cancer de la thyroïde signalé au cours des dernières décennies", selon l'étude.

"Des pays comme les Etats-Unis, l'Italie, la France ont été les plus durement touchés par le surdiagnostic du cancer de la thyroïde depuis les années 1980, après l'introduction de l'échographie", explique le Dr Salvatore Vaccarella qui a dirigé l'étude.

Des personnes traitées inutilement

A titre d'exemple, l'estimation des cas de surdiagnostic chez les femmes entre 2003 et 2007 se situe entre 70% et 80% en Australie, en France, en Italie et aux Etats-Unis. Mais le cas le plus concret et le plus frappant concerne la République de Corée, où le phénomène concerne 90% des patientes diagnostiquées.

"Au total, on estime que plus de 470 000 femmes et 90 000 hommes ont peut-être été surdiagnostiqués avec le cancer de la thyroïde au cours des deux dernières décennies dans les 12 pays étudiés*", estiment les chercheurs.

Outre l'échographie, d'autres techniques de diagnostic de plus en plus précises comme le scanner aussi appelé tomodensitométrie (TDM) ou l'imagerie par résonance magnétique (IRM) ont conduit à la détection "d'un grand nombre de maladies indolentes, non létales qui existent en abondance dans la glande thyroïde des personnes en bonne santé de tout âge".

Or, la majorité des patients concernés par le surdiagnostic subissent des ablations complètes de la thyroïde, souvent associées à d'autres traitements nocifs comme l'ablation des ganglions du cou ou la radiothérapie, "sans avantages prouvés en termes d'amélioration de la survie".

Les auteurs de l'étude mettent donc en garde contre le dépistage systématique de la thyroïde et les traitements agressifs qui en résultent au profit d'une "surveillance attentive" pour les patients atteints de tumeurs à faible risque. Des tumeurs que certains experts préconisent même de plus appeler "cancer" pour dédramatiser le diagnostic.

*Australie, Danemark, Angleterre, Finlande, France, Italie, Japon, Norvège, République de Corée, l'Ecosse, la Suède et les États-Unis

Alexandra Bresson