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TOUT COMPRENDRE - Où en est la circulation du variant indien au Royaume-Uni?

Panneau publicitaire des autorités sanitaires britanniques à Bolton, Angleterre.

Panneau publicitaire des autorités sanitaires britanniques à Bolton, Angleterre. - Oli SCARFF / AFP

Plus de 4000 cas du variant indien ont été détectés outre-Manche, notamment en Angleterre, et ce virus semble se transmettre plus rapidement que les autres. Alors que les États européens lèvent peu à peu leurs restrictions avant l'été, la propagation de ce variant inquiète.

Après l'Allemagne, la France a annoncé mercredi qu'elle allait mettre en place "un isolement obligatoire" d'une semaine pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni, en raison notamment de la circulation du variant indien du Covid-19 sur ce territoire. Alors que plusieurs pays d'Europe lèvent peu à peu leurs restrictions, la circulation accrue de ce variant sur un sol voisin fait craindre une remontée des cas pour cet été en Europe.

Le variant indien "poursuit sa progression rapide en Inde et ailleurs dans le monde, notamment au Royaume-Uni où il semble diffuser de manière significative au sein de la population générale dans certaines zones géographiques d’Angleterre, et ce malgré un contexte épidémiologique globalement favorable", écrivait Santé Publique France dans une analyse du 19 mai sur les risques liés aux variants.

· Quelle est la situation épidémique au Royaume-Uni?

Il faut d'abord noter que ce variant est classé parmi les VOC (Variants of concern), soit les variants préocuppants, depuis début mai par l'Organisation Mondiale de la Santé. Il est divisé en trois sous-lignage: B.1.617.1, B.1.617.2, B.1.617.3. Cela signifie qu'il diffère légèrement en terme de mutations, et parmi ces trois versions, c'est la mutation B.1.617.2 qui est la plus représentée outre-Manche. Jusque-là, ces variants circulent principalement en Angleterre, mais leur propagation a été très rapide ces dernières semaines.

Selon les dernières données des autorités sanitaires britanniques, la mutation B.1.617.1 a été idenfiée chez 418 personnes (376 en Angleterre), la deuxième chez 3424 personnes (3245 en Angleterre) et B.617.3 n'a été recensé que chez 13 personnes, dont 12 en Angleterre.

"Au niveau de l'Angleterre, les variants indiens sont heureusement très proscrits dans des régions très limitées", assurait ce jeudi sur BFMTV Sam Nabli, médecin généraliste à Londres.

Le gouvernement britannique a d'ailleurs mis en ligne la liste des zones où ce variant "se répandait le plus rapidement". Il se retrouve particulièrement dans la ville de Bolton et dans la zone de Blackburn et Darwen (Nord-Ouest) mais aussi dans des quartiers de Londres.

· Comment ce variant est-il arrivé dans le pays?

"Au Royaume-Uni, les données de séquençage chez les voyageurs de retour d’Inde montrent une augmentation importante du nombre de cas de B.1.617 à partir de la mi-mars", note Santé Publique France, qui précise que si "la majorité des cas sont importés d’Inde, une augmentation du nombre de cas autochtones est observée depuis la mi-avril, ce qui indique une diffusion communautaire".

Selon Didier Houssin, président du comité d'urgence de l'OMS, si ce variant s'est répandu au Royaume-Uni, "c'est lié au fait qu'il y a beaucoup de connexions entre l'Angleterre et le sous-continent indien, or ce variant a circulé de manière massive en Inde, et commence à le faire au Pakistan et au Népal", expliquait-il mercredi sur BFMTV.

"Il faut considérer la géographie et l'histoire. En Inde il y a 1,3 milliard de personnes, c'est une caisse de raisonnance énorme et il y a un lien très clair entre l'Inde et la Grande-Bretagne" abonde sur BFMTV Anne Sénequier, médecin et co-directrice de l'Observatoire de la Santé à l'IRIS. "Ce n'est pas le virus qui se déplace, ce sont les hommes qui transmettent le virus de l'un à l'autre. Les flux de personnes aujourd'hui sont tels que de fait, des virus qui émergent en Inde sont plus à risque d'arriver rapidement en Europe et de se propager plus rapidement qu'un variant brésilien".

· Qu'est-il mis en place pour empêcher sa propagation?

Selon les données actuelles, ce variant est plus contagieux que le variant britannique, actuellement dominant au Royaume-Uni.

"Les Anglais ont estimé qu'il était 50% plus transmissible que le variant B.1.1.7, dit variant anglais, pour l'instant c'est un petit peu les seules données que l'on a au niveau virologique", explique sur BFMTV Mylène Ogliastro, virologue et chercheuse à l'INRAE.

L'OMS note en effet une augmentation de la transmissibilité avec ce variant, mais on ne sait pas encore s'il provoque plus de cas graves. Toutefois, "la seule transmissibilité accrue peut conduire à plus de personnes malades et donc potentiellement plus de personnes hospitalisées", souligne la virologue.

Pour endiguer sa propagation, le gouvernement britannique a publié vendredi dernier de nouvelles directives déconseillant les déplacements non essentiels dans huit zones de l'Angleterre affectées par des flambées du variant indien. Ces consignes recommandent aussi aux habitants de se rencontrer à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur, dans ces zones du nord-ouest, du nord-est et du centre de l'Angleterre, ainsi que dans l'arrondissement londonien de Hounslow.

"L'État fait du porte à porte, des dépistages de toute la région et a accéléré la vaccination des gens de ces régions-là", explique Sam Nabli. "Je pense que les Anglais maitrisent bien la situation: les gens qui reviennent d'outre-mer ou d'Inde on les appelle chaque jour, il y a des amendes de 5000 pounds [environ 5800 euros, ndlr] pour les personnes qu'on n'a pas trouvé chez eux pendant les 10 jours d'isolement... Ils sont très stricts à ce niveau".

"On peut faire confiance aux Anglais qui ont un système de surveillance particulièrement efficace pour tracer et isoler en aval, ce qui est vraiment la chose à faire", abonde Mylène Ogliastro. "L'important est vraiment de tracer, isoler et séquencer pour suivre un petit peu l'épidémie et pouvoir manoeuvrer à vue".

· Les vaccins sont-ils efficaces contre ce variant?

Selon les dernières données des autorités sanitaires, plus de 38 millions de Britanniques ont reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19, 23,6 millions les deux doses. 44% des plus de 18 ans ont ainsi reçu les deux doses, 72% au moins une dose. Le Royaume-Uni vaccine avec les sérums Pfizer, Moderna et AstraZeneca, des vaccins qui semblent, selon les premiers éléments, un tout petit peu moins efficaces que contre le variant britannique.

Concernant l'efficacité contre l'apparition de maladies symptomatiques, une étude de la Public Health England (PHE) parle de 93,4% d'efficacité pour le variant britannique avec deux doses de Pfizer, contre 87,9% pour le B.1.617.2. Avec le AstraZeneca, il est observé une efficacité de 66,1% pour le variant britannique, 59,8% pour la mutation indienne. L'étude note surtout l'importance d'être vacciné avec deux doses pour obtenir une protection optimale contre ce variant.

"À ce jour, les variants ne résistent pas à la vaccination", déclare Mylène Ogliastro. En ce sens, "l'important c'est d'accélérer la vaccination et de rester très vigilant jusqu'à ce que la majorité des gens ait reçu cette deuxième injection".

· Et ailleurs?

"À l'heure actuelle, on a 80 cas en France qui sont un peu partout", explique le médecin Alain Ducardonnet, consultant santé pour BFMTV. Pour le moment, "il y a toujours un lien avec quelqu'un qui revient d'Inde, c'est pour l'instant quelque chose qui est importé, mais il faut être très vigilant".

D'après l'OMS, ce variant indien a été officiellement signalé dans 53 territoires. L'organisation a en outre reçu des informations, provenant de sources non officielles, selon lesquelles le variant B.1.617 a été trouvé dans sept autres territoires, d'après les chiffres de la mise à jour épidémiologique hebdomadaire de l'agence de santé des Nations unies, portant le nombre total à 60. "La majorité des cas de B.1.617 sont actuellement identifiés en Inde, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et à Singapour", note Santé Publique France.

Pays le plus meurtri d'Europe avec plus de 128.000 morts, le Royaume-Uni a vu sa situation sanitaire nettement s'améliorer après un long et strict confinement hivernal et une campagne de vaccination massive. Mais ces poussées du variant indien effraient, car elles pourraient compromettre la levée des dernières restrictions en Angleterre, prévue le 21 juin.

Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV