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TOUT COMPRENDRE - Efficace à 85% contre les formes graves, monodose: ce qu'il faut savoir sur le vaccin Johnson & Johnson

Ce lundi, et avec une semaine d'avance, le vaccin Johnson & Johnson débarque dans le pays. S'il est sous le coup d'une enquête du régulateur européen en raison du signalement de rares cas de formations de caillots de sang, il arrive pourvu de nombreuses promesses pour la campagne de vaccination.

La nouvelle est d'autant plus réjouissante dans une campagne de vaccination où les retards sont plus fréquents que les décollages express. Dimanche, Olivier Véran, ministre de la Santé, a ainsi annoncé au JDD que les 200.000 premières doses du vaccin Johnson & Johnson débarquaient en France dès ce lundi.

Fondé sur un procédé différent de ceux des vaccins Moderna et Pfizer, efficace à 85% contre les formes graves du Covid-19, le produit de Johnson & Johnson, distribué sur le vieux continent par la filiale belge Janssen, du géant pharmaceutique américain, est sous le coup d'une enquête de l'Agence européenne des médicaments.

• Sur quelle technologie repose-t-il?

Le vaccin Johnson & Johnson relève de la technologie du vecteur viral. L'idée est la suivante: on prend un virus inoffensif, auquel on greffe des instructions génétiques d'une séquence du Covid-19 qui lui permettra, une fois installé dans les cellules, de produire une protéine semblable à celle du Covid-19. Le système immunitaire pourra dès lors reconnaître ce nouvel ennemi et adapter sa réponse.

C'est une technique qui tranche avec le principe dirigeant les vaccins de Moderna et Pfizer/BioNTech, qui reposent pour leur part sur l'ARN messager. Le Johnson & Johnson n'est cependant pas le seul vaccin anti-Covid à recourir au vecteur viral. Il a en effet un sulfureux prédécesseur sur cette route: AstraZeneca.

Mais le virus de base n'est pas le même, comme l'a précisé à Europe 1 le professeur Jean Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Henri Mondor de Créteil. "Ce n'est pas le même type d'anellovirus, donc ça ne veut pas dire qu'ils vont donner le même type de problèmes", a expliqué le spécialiste à la radio.

• Pourquoi fait-il l'objet d'une enquête européenne?

La précision est d'importance tant on marche sur des oeufs. Chaque espoir soulevé par la campagne de vaccination semble devoir allumer la mèche d'une nouvelle inquiétude, celle-ci suscitant à son tour des contre-feux. Ainsi, Johnson & Johnson partage un second point commun avec AstraZeneca: des cas de formations de caillots de sang après une injection ont été signalés.

Mais à dire vrai, ces complications semblent très rares: on n'a, à ce jour, évoqué que quatre cas identifiés, dont l'un mortel, en ce qui concerne Johnson & Johnson. L'Agence européenne des Médicaments a toutefois officialisé vendredi le lancement d'une enquête. Pour le moment, aucun lien de causalité entre ces caillots et l'injection du vaccin de Johnson & Johnson n'a été établi.

L'instance chargée de l'évaluation et de la surveillance de ces risques aux États-Unis, la FDA (Food and Drug Administration), s'est fendue d'un communiqué dès vendredi également.

"La FDA est au courant d'informations aux États-Unis sur des événements thrombo-emboliques graves, parfois associés à une thrombopénie (bas niveaux de plaquettes dans le sang), qui se sont produits chez quelques individus après avoir reçu le vaccin contre le Covid-19 de Janssen", a affirmé l'Agence américaine du médicament dans un communiqué transmis à l'AFP: "Pour le moment, nous n'avons pas trouvé de lien de causalité avec la vaccination et nous continuons notre enquête et évaluation de ces cas".

Les effets secondaires occasionnels avérés à cette heure sont d'un tout autre ordre et classiques dans le cadre de la vaccination: fatigue, maux de tête et douleurs musculaires.

• Quel est son taux d'efficacité?

Si ses effets sont aussi bien connus, c'est que la création du vaccin Johnson & Johnson a été accompagnée d'une batterie de tests, notamment en Afrique du sud et sur les deux continents américains, rassemblant au total 40.000 patients, tous majeurs. La société a par ailleurs annoncé récemment s'engager dans de nouveaux essais cliniques portant cette fois sur un public d'adolescents.

Cette campagne a surtout permis de mesurer l'efficacité du vaccin: elle atteint 85% contre les formes graves de la maladie, et 66% contre les formes modérées à sévères du virus. Il faut souligner que ces chiffres tiennent compte des différents variants.

Enfin, on ne déplore pour l'heure aucun décès dû au Covid-19 au sein du cortège des vaccinés, tandis que sept personnes qui intégraient un ensemble d'individus ayant reçu un traitement placebo sont mortes des suites de la maladie.

• Quels sont les avantages de ce vaccin?

Ces promesses statistiques se doublent d'espérances pratiques. Le vaccin Johnson & Johnson, contrairement à ces concurrents, présente d'abord l'avantage de pouvoir se conserver dans un réfrigérateur aux températures habituelles.

Surtout - et c'est là le premier argument commercial de la société l'ayant mis au point - il ne nécessite qu'une seule piqûre et non deux, comme c'est le cas pour tous les autres. Cependant, comme le mentionne ici Franceinfo, Johnson & Johnson a tout de même annoncé l'ouverture de tests consistant à examiner l'opportunité d'une double dose et ses bénéfices éventuels en termes de protection.

Alors qu'il débute ce lundi son tour de piste sanitaire, le vaccin Johnson & Johnson ne se démarque pas, en revanche, du point de vue de son public cible. Il est en effet accessible aux personnes âgées de plus de 55 ans, et ce, "sans condition", selon les mots employés par Olivier Véran ce dimanche dans le JDD.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV