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TOUT COMPRENDRE - Coronavirus: comment expliquer la situation en Guyane?

Depuis le début du mois de juin, le nombre de patients contaminés au Covid-19 a explosé dans cette collectivité, où les établissements hospitaliers sont sous forte tension.

Le 14 juin, alors que la France poursuivant son déconfinement, Emmanuel Macron s'était adressé aux Français. Lors de cette allocution d'une vingtaine de minutes, le président de la République avait, entre autres, annoncé que l'ensemble du territoire métropolitain repassait au vert, amorçant ainsi une nouvelle phase du déconfinement. Pour autant, deux départements d'outre-mer, Mayotte et la Guyane, devaient rester à l'orange pour quelques semaines encore.

Entre temps, la situation s'est fortement dégradée en Guyane, où la Covid-19 circule désormais activement, faisant exploser les chiffres des contaminations, qui se multiplient jour après jour.

• Des chiffres en constante augmentation

Dès les premiers jours du mois de juin, plusieurs indices pointaient les difficultés qu'allait connaître cette collectivité bordée à l'est par le Brésil, et à l'ouest par le Suriname.

Alors que les cas positifs au coronavirus recensés n'étaient "que" de 589 personnes depuis le début de l'épidémie, ce chiffre a été brusquement doublé localement en l'espace de seulement quelques jours. Pire, à date, il a été multiplié par neuf puisque 5558 cas confirmés y sont désormais officialisés, pour un total de 22 morts, rapporte la préfecture sur Twitter.

Début juillet, 29 patients étaient hospitalisés en réanimation. Signe de cette explosion des cas, pour la simple journée du 9 juillet, 99 nouveaux patients atteints ont été confirmés pour deux nouvelles hospitalisations, hors réanimation.

A l'observation des cas guyanais, il est possible de voir que l'explosion s'est produite aux alentours du 13 juin, alors que la barre des Guyanais contaminés n'avait pas encore dépassé la barre des 1000 patients.

• Comment expliquer cette situation?

Sur le territoire de cette collectivité peuplée d'un peu moins de 300.000 personnes, le taux de reproduction du coronavirus - le R0 - atteint 2,95. De fait, un seul malade atteint du Covid-19 contaminerait près de trois personnes, un taux plus ou moins égal à celui repéré en France métropolitaine au plus fort de la crise, en avril et mai dernier.

De plus, le taux d'incidence, qui correspond au nombre de nouveaux cas rapportés à la population pour 100.000 habitants, est de 394, là encore un taux largement supérieur à la moyenne française, rapporte Santé Publique France dans son point épidémiologique.

La proximité avec le Brésil, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie et où le virus est encore extrêmement actif, est également un facteur aggravant pour la Guyane. Ainsi, parmi les différents "clusters" observés, plusieurs se situent à proximité de la zone-frontalière avec le plus grand pays d'Amérique du Sud, dont celui de Saint-Georges, particulièrement surveillé. Selon les derniers décomptes de l'université Johns Hopkins, le Brésil recense plus de 1.700.000 cas pour un total de 69.000 morts.

• Les hôpitaux sous tension

Face à l'urgence de la situation, les trois hôpitaux de Guyane ont déclenché samedi leur plan blanc, tandis que le gouvernement a annoncé la venue d'un "directeur de crise".

Il faut dire que l'inquiétude est de mise. "Les trois établissements sont en difficulté, c’est une vague comme on n'en a jamais vu en Guyane et de nombreuses personnes se présentent aux portes des hôpitaux", prévient Christophe Robert, directeur du centre hospitalier de Cayenne.

Afin de palier au manque de personnel, 130 réservistes opérationnels ont été dépêchés sur place. Pour autant, le comité d'experts médicaux reste inquiet, et estime que ces renforts ne seront pas suffisants "au regard de ce que l'on redoute comme pic à venir". Un pic redouté dans les jours à venir.

"En très peu de temps, et conformément aux travaux d'anticipation, nous avons réussi à nous réorganiser. [...] Mais la charge de travail est importante", soulignaient les établissements hospitaliers.

• Quelles actions de la part des autorités?

Dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche dernier, le gouvernement avait annoncé qu'un "directeur de crise" avait été nommé, le préfet Patrice Latron, et allait "rejoindre dans les meilleurs délais la Guyane", pour renforcer l'action des différents acteurs engagés dans la gestion de l'épidémie, aux côtés du préfet et de la directrice générale de l'ARS.

Fraîchement nommé, le Premier ministre Jean Castex a également assuré qu'il se rendrait sur place ce dimanche, accompagné du ministre de la Santé Olivier Véran.

"Je viens dans le sens de la mission qui m'a été confiée, avec la volonté de préparer la France à une éventuelle deuxième vague mais surtout en préservant, la vie, la vie économique, la vie sociale", avait-il expliqué à l'antenne de BFMTV et de RMC.

Fin juin, Matignon avait émis l'hypothèse d'un reconfinement en Guyane si la dynamique ne changeait pas. Édouard Philippe, qui était alors Premier ministre, avait personnellement pris parti pour cette hypothèse.

Dans le même temps, l'ex-ministre des Outre-mer Annick Girardin, depuis remplacée par Sébastien Lecornu, s'était montrée plus réservée quant à un possible reconfinement de la collectivité.

Le "reconfinement" de la Guyane "est la mesure qui nous permettrait de freiner le plus fortement la progression du virus à condition que la population l'accepte et le mette en œuvre, ce qui n'est pas certain", avait-elle argué devant la presse.
https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV