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Le coronavirus se répand-il plus facilement dans les bars et restaurants?

Une terrasse de restaurant à Paris le 15 juin 2020

Une terrasse de restaurant à Paris le 15 juin 2020 - MARTIN BUREAU / AFP

Dans les bars et restaurants, différentes populations se mélangent sans porter de masque, ce qui entraîne a priori des contaminations. Mais il existe très peu de données scientifiques à ce sujet.

Face à une remontée du taux d'incidence du Covid-19 dans certaines zones, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé mercredi soir des mesures très strictes pour la métropole d'Aix-Marseille, et pour la Guadeloupe: bars et restaurants sont contraints à une fermeture totale à partir de samedi. Dans une dizaine de grandes villes, dont Paris, les bars devront fermer à 22 heures.

Cette décision a déclenché l'ire des élus locaux, mais surtout des professionnels de la restauration, qui se sentent stigmatisés et décrient des mesures inefficaces. "C'est une mesure injustifiée car les contaminations surviennent dans le milieu privé et familial. Et c'est discriminatoire, parce qu'on nous stigmatise", a ainsi regretté Franck Trouet, porte-parole du syndicat patronal GNI, qui représente les indépendants de l'hôtellerie et de la restauration. "On prend tout dans la gueule, on le subit, ça devient insupportable!", a réagi de son côté le chef étoilé Philippe Etchebest, sur BFMTV.

Plusieurs études étrangères

Les contagions dans les bars et restaurants, où les clients ne portent pas de masques, ont été régulièrement pointées du doigt, mais "en réalité on a très peu de données, il n'existe pour l'instant qu'une seule étude sur ce sujet", explique à BFMTV.com Martin Blachier, infectiologue et médecin de santé publique.

Cette étude a été publiée début septembre par le CDC, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies américain. Les chercheurs ont établi que sur les plus de 300 participants interrogés, les cas positifs étaient deux fois plus nombreux à être allés dans un restaurant ou un bar, que les cas négatifs, dans les deux semaines précédant les premiers symptômes.

Ces données doivent toutefois être relativisées, selon Martin Blachier. D'une part parce que l'étude a été faite aux États-Unis, où les habitudes de sorties ou de respect des gestes barrières ne sont peut-être pas les mêmes qu'en France. D'autre part parce qu'elle ne distingue pas les espaces intérieurs et extérieurs. En somme, côté scientifique, "on n'a pas grand chose".

Un cas de contamination dans un restaurant en Chine avait bien été étudié par des chercheurs en avril dernier, mais les causes de la contamination tenaient avant tout au fait qu'il s'agisse d'un lieu clos où la ventilation aurait pu jouer un rôle: plusieurs clients assis à différentes tables, mais placés sous le même courant d'air, semblaient s'être transmis le Covid-19. Un cas similaire a été médiatisé en Corée du Sud ces derniers jours.

"Un brassage de population qui encourage l'épidémie"

Ce qui est certain c'est que "les bars, restaurants et salles de gym sont des lieux de passage", explique l'infectiologue. "Les gens s'y mélangent et il y a un brassage de population qui encourage l'épidémie", le non-port du masque n'aidant en rien. Même si les restaurateurs assurent respecter les règles des gestes barrières afin de limiter la propagation, "cela reste un protocole un peu désuet", estime Martin Blachier.

Pour Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), le risque se porte particulièrement sur les bars, où les dynamiques sont différentes de celles du restaurant: "Au restaurant, on est avec des gens de notre entourage, et on reste assis. Au bar, on va au comptoir, on se déplace plus", et le phénomène d'ivresse est également plus présent.

A cet argument, les professionnels de la restauration ont déjà à plusieurs reprises rétorqué que si ces établissements ferment la fête se fera tout de même, mais ailleurs, dans la rue, chez des particuliers, et sans gestes barrières. "Ce n'est pas un argument recevable à 100%" selon Martin Blachier, pour qui le brassage de populations est moins important quand il se fait dans le cercle privé, avec des personnes déjà cotoyées quotidiennement.

"Il n'y a pas de pédagogie"

Ces deux infectiologues restent toutefois très sceptiques sur l'utilité des dernières mesures prises par le gouvernement. "Est-ce qu'il y avait besoin de faire ça maintenant?", interroge l'infectiologue, pour qui ces décisions "sont une suréaction dictée par la période de panique actuelle, mais aussi par des mesures similaires prises autour de nous", comme l'Angleterre dernièrement.

Benjamin Davido souligne de son côté que la fermeture des bars et restaurants aurait eu plus de sens cet été, "là les étudiants sont retournés en cours, le temps se rafraîchit", et la perspective d'une sortie est moins alléchante.

"Le gouvernement prend des mesures à un moment donné, parce qu'il y a une remontée du coronavirus, mais il n'y a pas de pédagogie", déclare-t-il. "Ces mesures sont frappantes d'incompréhension, les théâtres et cinémas restent eux ouverts" alors que ce sont aussi des lieux de brassage de populations. Selon lui "le bénéfice de ces nouvelles mesures reste à démontrer, mais ce n'est probablement pas cela qui aura des effets".
Salomé Vincendon
Salomé Vincendon Journaliste BFMTV