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Que cache notre gaspillage alimentaire? 

Le coût du gaspillage alimentaire en France est estimé entre 100 et 160 euros par an et par personne.

Le coût du gaspillage alimentaire en France est estimé entre 100 et 160 euros par an et par personne. - iStock

Date de péremption dépassée, yeux plus gros que le ventre… de nombreuses raisons peuvent expliquer la tendance des ménages au gaspillage alimentaire. Mais des chercheurs français mettent aussi en avant des leviers psychologiques, sur lesquels il faudrait miser pour élaborer des campagnes de sensibilisation efficaces.

En France, le gaspillage alimentaire dans la consommation des ménages représente 20kg de déchets par an et par personne dont 7kg de déchets alimentaires non consommés encore emballés, selon le ministère de l'Environnement, de l'Energie et de la Mer. 

Cette mauvaise habitude, qui concerne également les points de vente qui doivent se débarrasser des invendus, est récurrente pour plusieurs raisons: le consommateur a les yeux plus gros que le ventre, ne sait pas quoi faire de ses restes ou ne souhaite pas manger un produit dont la date de péremption est dépassée. Mais selon des chercheurs de Grenoble Ecole de Management, la raison se trouve aussi dans des mécanismes psychologiques largement inconscients qui conduisent à gaspiller.

En cernant mieux ces leviers, il serait plus facile pour les autorités publiques de réaliser des campagnes d'information plus efficaces. Outre le fait que les consommateurs sous-estiment le remplissage de leur congélateur et de leurs placards, l'étude invoque une raison plus inattendue expliquant pourquoi ils achètent trop: c'est un moyen de se rassurer sur son niveau de vie, et de conforter son image de "bon parent prévoyant".

D'une mauvaise gestion des stocks à un changement d'avis

Ces mécanismes inconscients entrent également en jeu aux différentes étapes d'un repas. Ainsi, qui n'a jamais cuisiné en premier les derniers produits achetés et laissé pour plus tard ceux dont la date de péremption est plus proche? Résultat, les produits les plus anciens sont jetés. Vient ensuite le moment du repas, où les motivations qui sont à l'origine de l'achat de l'aliment ne sont plus en adéquation avec l'inconscient du consommateur.

"C’est le souci diététique qui pousse à acheter une salade, mais une fois à table, on se laisse tenter par une pizza", précise Mia Birau, experte du comportement des consommateurs. De la même façon, on achète un nouveau yaourt "pour changer", mais on continue à consommer ses yaourts habituels: le nouveau yaourt est à peine goûté".

En terme de campagnes d'information ces dernières, souvent culpabilisantes, sont inefficaces en France. Mais les recherches ont permis de savoir quel type de message serait plus à même d'interpeller le consommateur. "Il est disposé à faire plus d’efforts s’il a le sentiment que l’effort demandé est facile. Les campagnes de sensibilisation devraient donc intégrer la notion de facilité", précise la chercheuse.

Oui aux produits moches

Il semble également important aux chercheurs d'établir une pédagogie sur cette fameuse date de péremption. Celle-ci est trop souvent perçue comme une alerte immédiate sur la sécurité alimentaire du produit, "alors qu’elle devrait être perçue comme un acte de gaspillage", soulignent-ils.

Enfin, les consommateurs peuvent également agir en amont, auprès des professionnels qui gaspillent également. Car ces derniers ont la mauvaise habitude de sélectionner des fruits et légumes aux dimensions parfaites et de jeter les autres, croyant suivre le souhait des clients. 

"Pourtant, les résultats montrent que le consommateur est prêt à acheter des produits moches, car il a l’impression qu’ils sont naturels, locaux, sains, voire bio. Ils montrent également que les consommateurs sont prêts à payer le même prix pour un produit déformé que pour un produit classique", expliquent les chercheurs.

Ces derniers comptent bien poursuivre leurs recherches dans ce domaine et la prochaine étape dans ces travaux consistera à évaluer jusqu'à quel niveau de "déformation" du produit le consommateur est prêt à l'acheter, et à quel prix. 

Alexandra Bresson