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"Qu'est-ce que c'est que ce pays infantilisé?": le coup de gueule de Bachelot contre les médecins

L'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot

L'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot - DAVID GANNON © 2019 AFP

Auditionnée par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de la crise du coronavirus, l'ancienne minstre de la Santé a taclé les médecins qui n'avaient pas de stocks de masques.

Un tacle sans ménagement. Auditionnée ce mercredi par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur la gestion de crise de coronavirus, Roselyne Bachelot est revenue sur une situation qui l'a "frappée" au cours de cette période sanitaire inédite.

"J'ai entendu un représentant de syndicat de médecins dire 'nous n'avions pas de masques dans nos cabinets'", a relaté l'ancienne ministre de la Santé (2007-2010), interloquée par ce témoignage.

"Mais enfin! Des médecins qui n'ont pas de masques dans leur cabinet, qui ne se constituent pas un stock, 'nous n'avions pas de blouse', mais enfin! Pourquoi les médecins ne portent-ils plus de blouse?", s'est insurgée Roselyne Bachelot devant les parlementaires.

"Tant qu'on attendra tout du seigneur du château, on est mal !"

L'ancienne ministre a alors fait part de son indignation face cette situation: "dans ce pays de Pasteur, qu'est-ce que c'est que cette médecine? Pourquoi on n'a pas de blouse? Ça n'existe plus? Avec une machine à l'intérieur du cabinet médical? On attend que le préfet ou le directeur de l'ARS vienne avec une petite charrette nous apporter des masques? Mais qu'est-ce que c'est que ce pays infantilisé?"

Roselyne Bachelot appelle par conséquent les médecins à "se prendre en main dans ce pays. C'est ça la leçon qu'il faut tirer. Tant qu'on attendra tout du seigneur du château, on est mal !"

"Je suis une tenante de la politique des masques. Ce n'est pas au moment où la pandémie se déclare qu'il faut constituer des stocks", a renchéri l'ancienne ministre de la Santé, faisant écho au risque de pandémie de grippe A(H1N1) en 2009.

"On n'a pas de quoi tenir pendant un mois de pandémie"

Des propos qui ont choqué Jean-Paul Hamon. Interrogé sur France Info, l'ancien président de la Fédération des médecins de France ne cache pas sa colère: "On a du gel en stock pour un mois, on a quelques boîtes de masques mais on n'a pas de quoi tenir pendant un mois de pandémie."

Le médecin explique l'incapacité pour les professionnels de santé de se réapprovisionner en équipements. "On a appelé nos fournisseurs habituels, mais il n'y avait rien, il n'y avait plus moyen de se fournir", affirme-t-il.

"On a assumé sans protection, on a affronté cette pandémie, on a eu 51 morts dont 46 parmi les médecins libéraux. Plus de 5000 médecins libéraux ont été contaminés. On aimerait bien que Madame Bachelot ait une attitude un peu plus digne", répond enfin Jean-Paul Hamon à l'ancienne ministre.

L'impossible réapprovisionnement

Si de nombreux médecins libéraux ont continué à exercer au cours de la crise sanitaire et notamment lors du confinement, ces derniers ont dû faire face, tout comme le milieu hospitalier, à une pénurie de masques.

"Au mois de mars, les médecins avaient tous des masques car il y a d'autres maladies infectieuses que le coronavirus. Le seul problème est qu'on ne pouvait pas se réapprovisionner, il fallait 40 millions de masques par semaine pour renouveler les stocks, en plus il n'y avait pas, ou très peu, de masques chirurgicaux et de FFP2", explique le cardiologue Alain Ducardonnet.

Le consultant santé pour BFMTV, qui précise que les pharmaciens étaient logés à la même enseigne en terme d'équipements médicaux, observe que "les médecins qui ne sont plus en médecine générale, les médecins techniques, ne portent plus de blouses". "Ceci étant des études ont montré que des blouses, et même à l'AP-HP où elles sont lavées tous les huit jours, sont un vrai nid de microbes", ajoute-t-il.

Si elle n'a pas n'a pas manqué de s'attaquer aux professionnels de santé libéraux au cours de son audition, Roselyne Bachelot s'est toutefois gardée "de donner des leçons" à ses successeurs et "de juger leurs actions tant je connais la difficulté de leurs tâches".

Hugues Garnier Journaliste BFMTV